Madame ma bonne sœur, je n'ay voulleu faillir de vous advertir de la grâce qu'il a pleu à Dieu de faire à mon filz de l'avoir faict eslire Roy de Pouloigne, m'asseurant que serés bien aise de toutes les augmentations de ceste couronne, car ce sera tousjours augmentation de nostre amitié avecque vous; et, si Dieu favorise aultant mon filz le Duc en vostre endroict, comme il a le Rov de Pouloigne vers les Poulognois, je m'estimerois la plus heureuse princesse qui feust jamais née de me pouvoir dire mère de la plus grande Royne et plus valleureuse que l'on puisse voir; ce que je le supplie me faire la grâce et Vous, Madame ma bonne sœur, vous asseurer que jamais prince ni princesse ne marcheront oncques avec plus de franchise que faict le Roy mon filz et moy en vostre endroict.

Vostre bonne sœur et cousine.
CATERINE.

DISCOURS DES SEIGNEURS DU CONSEIL D'ANGLETERRE
à Mr de La Mothe Fénélon.

du IIe jour de juing 1573.—

Il sera dict à l'Ambassadeur de France par quelques uns du conseil de Sa Majesté ce qui s'en suyt:

La Majesté de la Royne a communicqué avec tous les seigneurs de son conseil le contenu des lettres dernièrement envoyées, de la part de la Royne Mère, et aussy vostre dernière négociation avec Sa Majesté, au nom du Roy, de la Royne Mère et Monseigneur le Duc d'Alençon, touchant le voyage du dict Duc en ce royaulme, pour poursuivre son honnorable intention, et requérir Sa Majesté en mariage, après que la Rochelle aura esté recouvrée à l'obéissance du Roy.

Et d'aultant que le contenu des lettres susdictes et de la négociation vostre vous est le mieulx cogneu, n'en sera besoin en faire aulcune reditte, ains seullement vous faire entendre ce que les seigneurs du conseil de Sa Majesté ont advisé estre convenable d'estre considéré en cest affaire, premier que Sa Majesté faira délivrer telles asseurances pour la veneue du dict Duc, qu'il seroit requiz, au cas qu'il debvroit venir; dont Sa Majesté estant informée par son dict conseil, a donné commandement à trois ou quattre de nous de vous en faire le rapport: ne se doubtant poinct que ne trouviez raisonnable que Sa Majesté en ceste matière, ait demandé l'advis de son conseil, comme il appert que le Roy a usé de la mesme considération de sa part.

Donques il vous plairra entendre que l'on loue bien et estime digne d'estre prins en fort bonne part que le Roy, la Royne Mère et le Duc mesme sy affectueusement poursuivent ce propos de mariage avec la Royne; et n'y a chose, que traictons, plus souhaittée, que Sa Majesté, par la direction de Dieu, se pût marier avec quelque prince tel qu'estimons Monseigneur le Duc estre quand à son sang, et encores pour aultant que, si les aultres choses y requises peussent convenir, sommes d'opinion que le mariage pourroit estre occasion d'acroissement de l'amitié entre les princes, leurs couronnes et peuple. Et comme y a des choses qui avancent beaucoup ce mariage et le facent apparoistre expédiant pour Sa Majesté, nommément la grandeur de la maison dont est issu le Duc, l'amitié du Roy et de la couronne de France, qui se debvroit acquérir par ceste alliance, et les bonnes parties du dict Duc, ses vertus renommées, sa courtoisie, son esprit, et singulièrement le fervent amour qu'il semble porter à Sa Majesté, aussy a il beaucoup de choses, qui ont quelque apparence de raison, pour empescher le dict mariage, dont aulcunes sont de plus grande conséquence que les aultres, et les aultres sont plus proprement à considérer et y penser à Sa Majesté, pour l'esgard de son particullier même, qu'à nous qui sommes ses conseillers; le debvoir desquels, néantmoins, est d'avoyr esgard aussy bien à l'estat du royaulme comme à sa personne.

Et quand aux empeschementz qui concernent Sa Majesté particulièrement, pour l'esgard de sa personne et du contentement réciproque, nous n'y avons que faire, ni de la diversité de son âge, ni d'aultres choses appartenantes à sa personne; et les laissons à Sa Majesté qui desjà a pesé l'inconvénient de son âge, et toutesfois, pour la nécessité qu'elle voit que le royaulme a qu'elle se mariât, s'est passé de ce point de difficulté. Au reste, touchant sa personne, il ne se pourra déterminer sinon par une entreveue.

Mais, quand aulx choses qui debvront estre considérées par nous comme conseillers d'estat, tant pour l'expédiant du dict mariage, lequel desirons estre vuide de toutes difficultés, que pour sa venue, le temps estant, comme il est, et comme l'on a proposé, c'est à dire, après que la Rochelle aura esté recouverte, ne pouvons que directement juger, les choses demeurans ez termes qu'elles sont pour le présent, ce temps cy estre plus propre pour le Duc de venir sans qu'aulcunes choses en France feussent altérées en mieulx; et ainsi cuidons que vous mesmes, Monsieur l'Ambassadeur, et tous aultres indifférans en jugerés, après qu'aurés considéré les choses comme nous les avons considérées.