Présentation faite au roi de Pologne du décret contenant son élection.—Fêtes données aux ambassadeurs polonais.

Monsieur de La Mothe Fénélon, craignant que mon cousin le mareschal de Retz soit parti pour retourner de deçà, lorsque la lettre que je luy escripts présentement luy sera rendue, j'ay bien voullu vous faire ceste cy de pareille substance; et vous dire que, dimanche dernier, XIIIe de ce moys, toutes choses ayant esté, ces jours passés, accordées et résollues avec les ambassadeurs polonois, qui sont icy pour le faict de l'élection du Roy de Poulogne, Monsieur mon frère, iceulx ambassadeurs nous vindrent trouver sur les trois heures après midy, dedans la grande salle de mon palais, en ceste ville, où nous estions assemblés avec ordre et cérémonie. Là, ilz nous déclarèrent publiquement, fort révéremment et honnorablement, la dicte élection, et en présentèrent le décret, très autentiquement faict en l'assemblée de leurs Estatz, à mon dict frère; lequel, après la lecture d'icelluy, accepta la dicte élection, le tout avec tant de belles et grandes cérémonies qu'il ne feust jamais faict acte en mon royaulme, ni peut estre en la Chrestienté, plus célèbre. Et le lendemain, qui feust hier, se fit l'entrée de mon dict frère en ceste ville, au meilleur ordre et avec telle magnificence qu'il ne seroit possible de voir rien de plus beau; et se fit, le soir, le festin royal en la dicte salle de mon palais, ainsi que de coustume, comme vous entendrés plus particullièrement par un discours que je vous envoyeray de ce qui a esté observé ez dictes cérémonies. Cependant vous le fairés entendre avec occasion à la Royne d'Angleterre, si mon dict cousin le maréchal de Retz estoit en chemin pour s'en venir, et vous en réjouirés avec elle de nos parts; estants asseurés qu'elle participe au contentement que nous en recevons pour la parfaicte amitié d'entre elle et nous; et luy dirés, par mesme moyen, que le plus grand desir, que nous ayons maintenant, est de voir réheussir à l'heureuse fin la négotiation pour laquelle mon dict cousin est allé par delà, affin que la dicte Royne puisse, avec plus d'occasion et comme sœur, participer davantage avec nous au contentement et honneur que ce nous est de la dicte élection de Poulogne et des prospérités qu'il plaict à Dieu nous donner, adjoustant à cella les plus honnestes parolles que vous pourrés. M'asseurant que vous n'y oublierés rien, je ne vous en diray davantage, priant Dieu, etc.

Escript à Paris, le XVe jour de septembre 1573.

Monsieur de La Mothe Fénélon, ceste dépesche feut partie, dès avant hier au matin, mais j'ay différé jusques à cejourdhuy pour ce que, avant hier au soir, la Royne, Madame et Mère, fist son festin en son palais, où les seigneurs polonois feurent si honnorablement traictés, et y receurent tant de plaisir qu'ilz disent bien n'avoir jamais rien veu de plus beau ni de si bien ordonné, demeurants très contents de l'honneur qu'ilz reçoivent par deçà.

A Paris, le XVIIe jour de septembre 1573.

CHARLES. PINART.

CLVIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

du XXIIe jour de septembre 1573.—

Retour du maréchal de Retz.—Satisfaction au sujet de la réponse qu'il a rapportée sur la négociation du mariage.—Remerciemens du roi pour les bons offices de Leicester et de Burleigh.