Monsieur de La Mothe Fénélon, il ne seroit possible d'avoir plus de contentement que celluy que j'ay eu au retour de mon cousin le mareschal de Retz, ayant entendu par luy les honnestes démonstrations de parfaicte amitié de la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, envers moy et tout ce qui me touche, et aussy la bonne vollonté en laquelle il l'a laissée, et les principaux seigneurs de son conseil, de prendre bientost, à présent que son parlement sera assemblé, une bonne résollution sur le faict de la négotiation pour laquelle mondict cousin le mareschal de Retz estoit allé par delà, affin de vous en envoyer advertir par quelque honnorable seigneur ou gentilhomme des siens, comme icelle Royne a promis: ce que nous attandons avec très grand desir. Et cependant ayant le dict mareschal de Retz receu une lettre d'icelle Royne et une aultre du Sr de Smyt, par lesquelles il est prié d'escrire de quelle façon nous aurons prins la response qu'il nous a rapportée d'elle, qui est en la meilleure part qu'il est possible, comme aussy il leur mande, asseurant, comme nous avons veu par sa lettre, qu'il ne seroit possible d' estre plus contents que nous sommes, comme il est vray, pour l'espérance que nous avons de voir bientost qu'elle aura prins une bonne et heureuse résollution du mariage d'elle et de mon frère, le Duc d'Alençon, qui se porte à présent très bien; estant, Dieu mercy, entièrement guéry et aultant affectionné serviteur qui se peut desirer, ayant toute bonne vollonté de continuer à honnorer et servir d'affection, toute sa vie, icelle Royne, s'il plaict à Dieu, comme nous l'en prions tous, que les propos commencés puissent réheussir à une heureuse fin pour un grand bien à la Chrestienté, principallement à noz trois royaulmes et alliés, ainsi que la Royne, Madame et Mère, et moy, et aussy le Roy de Poulogne, Monsieur mon frère, et pareillement mon dict frère le Duc luy escrivons, de nos mains, par un des gens du Sr Smith qu'il a envoyé devers mon dict cousin le mareschal de Retz, lequel vous escript aussy de sa part bien amplement pour vous rendre capable du contenu en ses lettres à ce que vous puissiés, avec plus d'intelligence, continuer à faire, selon cella et le contenu cy dessus, tout ce qu'il vous sera possible pour persuader tousjours à icelle Royne et à ses dicts principaux ministres, avec tant de bonnes et grandes raisons que luy scaurés bien représenter, pour se résoudre au dict mariage: car aussy sera ce, s'il se faict, un bien indicible, profitable et honnorable pour elle et pour nous, aussy pour noz royaulmes, et beaucoup plus, à présent que ce grand royaulme de Poulogne y est adjoinct, et qui le seroit aussy à elle. Vous estes si capable de mes droictes intentions, non seulement en cest affaire, mais en toutes les aultres choses qui concernent mes affaires et service par delà, qu'il n'est jà besoin vous en escrire pour ceste heure davantage; aussy n'estendray je ceste cy que pour vous prier m'advertir souvent de l'estat de cest affaire et de toutes aultres occurrences; priant Dieu, etc.

Escript à Paris, le XXIIe jour de septembre 1573.

Monsieur de La Mothe Fénélon, je ne veux oublier vous dire que, par ce que j'ay entendu de mon dict cousin le comte de Retz, nous avons bien occasion de nous louer des seigneurs du conseil de la dicte Dame Royne, pour les bons offices qu'ilz ont faict par delà, pendant que mon dict cousin y a esté, l'assistantz d'affection, ainsi qu'il m'a asseuré, en cest affaire; principallement Mr le comte de Lecestre et le milord grand thrésorier, lesquels je vous prie remercier de ma part, de celle de la Royne, Madame et Mère, et de mon dict frère d'Alençon, les asseurant, principallement le dict Sr comte de Lestre, que j'ay un extrême desir de m'en revancher en son endroict, et aussy du dict milord grand thrésorier, par si bons effaictz que je m'asseure qu'ilz demeureront très contentz et se loueront grandement de moy, aussy de ma dicte Dame et Mère et de mon dict frère d'Alençon.

CHARLES. PINART.

CLIX

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

du XXVIe jour de septembre 1573.—

Négociation du mariage.—Regret témoigné par le roi de ce que Quillegrey a été désigné pour passer en France.—Nécessité où se trouve le roi de laisser encore La Mothe Fénélon en Angleterre.

Monsieur de La Mothe Fénélon, nous achevasmes hier une despesche que la Royne, Madame et Mère, le Roy de Poulogne, Monsieur mon frère, mon frère le Duc d'Alençon et moy faisons à la Royne d'Angleterre et à vous, laquelle estoit preste à partir, quand Vassal est arrivé avec la vostre bien ample du XXe de ce moys[152]; par où j'ay veu fort particullièrement comme mon cousin le comte de Retz s'est dignement comporté de delà, et acquité de sa légation, et aussy les grandes correspondances et démonstrations de bonne amitié envers nous que la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, et tous les siens ont monstré, et faict cognoistre vous porter, et comme ilz ont eu très agréable que telle et si importante légation ait esté par nous commise. J'ay aussy veu ce qui s'est passé de delà, despuis le despart du dict comte, et comme icelle Royne a résollue d'envoyer de deçà Quillegrey. Sur quoy, après avoir considéré les mauvais offices que vous sçavés qu'il a faictz, j'ay advisé de vous escrire encores ceste cy pour vous respondre seullement à ce que vous discourés du dict Quillegrey et vous prier de faire dextrement, comme je m'asseure que vous sçavés bien faire, en sorte, s'il est possible, que ce soit quelque aultre que icelluy Quillegrey qui vienne par deçà pour l'effaict que mon dict cousin le comte de Retz résollut avec la dicte Royne, et qu'il luy escript présentement fort sagement, ainsi que nous avons avisé. Mais, si icelle Royne demeure résollue fermement au dict Quillegrey, après avoyr veu la lettre d'icelluy sieur comte, ne monstrés pas davantage que nous en eussions desiré un aultre, affin que, s'il venoit de par deçà, il n'ait aulcune occasion que de bien faire et rapporter, à son retour, la vérité de ce qu'il verra pour effacer les impostures que l'on a dittes, de delà, de mon dict frère d'Alençon; lequel, au contraire de ce qu'on a publié, est beaucoup amandé de ceste maladie dernière qui l'a purgé, luy ayant osté beaucoup de rougeurs que la petite vérolle luy avoit laissées au visage; estant maintenant, avec la barbe qui luy vient fort, beaucoup plus agréable qu'ilz n'ont dict de delà. Il a bien creû, et tant s'en fault qu'il soit bossu, comme l'on a dict à la dicte Royne, qu'au contraire il est aussy droict et gaillard prince et d'aussy belle taille qu'il y en ait en la Chrestienté. Et pour ce que, par nostre dicte dépesche d'hier, que vous rendra ce porteur, il vous sera entièrement satisfaict au reste de la vostre qu'a apportée le dict Vassal, me remettant aussy à ce que vous a escript encores mon dict cousin le mareschal de Retz, je n'estendray ceste cy que pour prier Dieu, etc.

Escript à Paris, ce XXVIe jour de septembre 1573.