Par postille à la lettre précédente.
Monsieur de La Mothe Fénélon, nous avons ouï tout ce que nous a dict le dict Sr comte de Retz pour obtenir vostre congé, et veu aussy ce que m'en escrivés; mais il n'y a encores occasion de pouvoir vous l'accorder, jusques à ce que ceste négociation ait prins fin. C'est pourquoy je vous prie prendre résollution de demeurer de dellà jusques à ce que cella soit faict ou failly, continuant à y faire tout ce que pourrés pour y voir clair, et vous asseure que vos servisses, que nous avons très agréables, seront, à vostre retour par deçà, fort vollontiers et de bon cœur recognus envers vous et les vostres, aux premières occasions qui se présenteront. Ne croyés pas que je ne cognoisse bien la peyne que vous avés prinse et que vous prenés chasque jour. Je sçay le grand soin que vous avés prins pour conserver la vie à la Royne d'Escosse, et le travail que vous avés eu pour rettenir tous les orages qui menassoient, de vostre costé, mon royaulme, pendant les désordres qui y ont esté, et comme vous vous estes dignement acquitté en l'un et en l'aultre. Il fault que je vous prie que vous ayés patience pour voir quelle fin prendra ce traicté de mariage; car, à vous dire vray, si je vous ay rettenu longtemps de delà, c'est parce que je ne trouvois personne qui feût capable de m'y servir si bien que vous faisiés, pour le mettre en vostre place. Je suis encores dans la mesme peyne pour le faict de mon dict frère d'Alençon; je vous prie donc de ne vous impatienter pas.
CHARLES. PINART.
CLX
LE ROY DE POULOGNE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
du XIe jour de novembre 1573.—
Protestation d'amitié.—Recommandation faite par le roi de Pologne à l'ambassadeur de veiller à ses intérêts auprès d'Élisabeth.—Assurance donnée par le roi de son attachement à la reine d'Angleterre.
Monsieur de La Mothe Fénélon, vous sçavés comme il a pleu à Dieu, de sa divine grâce et bonté, que, entre pleusieurs princes chrestiens, j'ay esté esleu Roy de Poulogne. Aussy recevant cest heur et honneur de sa main, je luy en rends grâces et louanges comme à celluy à qui elles sont deues; et bien que le contantement que j'en ay, et la grandeur et dignité que j'en espère, soyent les plus grands que je puisse avoir, si est ce que la longue et douce nourriture que j'ay prinse du Roy, Mon Sieur et frère, qui m'a tant estimé et honnoré que de me communiquer et se reposer sur moy et ma fidélité de toutz ses plus grands et importants affaires, et davantage de me faire son lieutenant général en ce dict royaulme et terres de son obéissance, le singullier amour et affection qu'il a pleu aussi à la Royne, Madame et Mère, me tesmoigner, dès mes jeunes ans, et la bonne institution que j'ay receue d'elle me laissent beaucoup de regret de la séparation que je fais maintenant d'avec eulx, partant présentement pour m'acheminer en mon royaulme de Poulogne.