Le regret est commun à tous de porter avec desplaisir l'absance de ceulx auxquelz ilz ont tant d'obligation, et qu'ilz ont tant aymés et honnorés comme j'ay faict, et fais, le Roy, Mon dict Sieur et frère, et la Royne, Ma dicte Dame et Mère, encore est il suivy d'un aultre qui est que, laissant pleusieurs bons et affectionnés serviteurs du Roy, Mon dict Sieur et frère, qui m'ont, en considération de ma qualité de son frère et lieutenant général, porté beaucoup de respect et recognoissance, accompaignée d'une singullière bonne vollonté, en tout ce que je leur ay commandé pour le servisse de ceste couronne; et en quoy je ne veux céler que je n'aye esté de toute affection si bien obéy d'eux, comme aussi l'ay je bien particullièrement tesmoigné, toutes et quantes fois que les occasions se sont présentées, que j'ay aussy regret qu'il faille que le peu de temps, que j'ay à séjourner icy, me prive du grand desir que j'avois de les voir, auparavant que m'en aller. Et pour ce, que vous estes au nombre de ceux là, et qu'il ne me reste aultre moyen de me satisfaire en cest endroit que par lettre, j'ay bien voullu vous faire ceste cy pour vous rendre certain tesmoignage de l'amitié que je vous ay tousjours portée, comme à personnage d'honneur et de vertu que vous estes; vous priant, comme vous m'avés cy devant porté bonne et vraye affection, que vous me la réserviés encores, quand je seray hors de ce royaulme, et, au demeurant, continuer tousjours, en tout ce qui concerne le service du Roy, Mon dict Sieur et frère, ainsi et avec tel soin qu'avés accoustumé, et selon la parfaicte-fiance qu'il a en vous: qui vous asseurerés d'avoir aussy tousjours en moy un vray et bon amy, quelque part que je sois, bien prest à m'employer, en tout ce qui s'offrira, pour vostre bien et contentement, d'aussy bonne vollonté que je vous prye aussy que, pendant que serés encores en vostre légation, vous ayés en recommandation les choses qui me concerneront et les affaires de mon dict royaulme, et d'asseurer, de ma part, la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, qu'en toute syncérité et affection je luy suis et seray tousjours bon frère et cousin, et parfaict ami, et qu'en toutes occasions je le luy fairay de bon cœur paroistre, la priant que, de sa part, elle en veuille faire de mesme en mon endroict.

J'espère, incontinent après que je seray arrivé en mon dict royaulme, lui escrire par homme exprès pour confirmer les confédérations d'entre mes prédécesseurs, Roys de Poulogne, elle et les siens, et les estreindre encore aultant qu'il sera possible; desirant aussy, de toute affection, que le voyage du Sr Randolphe, qui doibt bientost arriver par deçà, puisse réheussir à l'heureuse fin que je desire, tant pour le contentement que je sçay que ce seroit au Roy, Mon dict Sieur et frère, et à la Royne, Ma dicte Dame et Mère, et aussy à mon frère, Monsieur le Duc d'Alençon, duquel je desire la grandeur aultant que de moy mesme; qui prie Dieu, Monsieur de La Mothe Fénélon, vous avoir en sa saincte et digne garde.

Escript à Vitry le François, le XIe jour de novembre 1573.

Monsieur de la Mothe Fénélon, je vous prie suivre, pour le contenu en ceste lettre, ce que le Roy, Monsieur mon frère, vous escript par le post script de la sienne.

Vostre bon amy.
HENRY.

Post-scriptum inédit de la lettre du roi.

Monsieur de La Mothe Fénélon, il ne sera pas besoin que vous parliez à la dicte Royne, de la part du Roy de Poulogne, Monsieur mon frère, pour tout ce qui touche mon frère d'Alençon, pour les raisons que pouvés bien penser; mais ce sera bien faict de luy faire entendre les aultres choses que vous escript mon dict frère le Roy de Poulogne.

Escript à Vitry le François, le XIe jour de novembre 1573.

CHARLES. PINART.