Voyage du roi, Henri III jusqu'à Avignon.—Accident arrivé au passage du pont Saint-Esprit.—Desir du roi de rétablir la paix dans son royaume.—Protestation d'amitié envers la reine d'Angleterre.—Assurance que le roi veut maintenir le traité conclu par son frère.

Monsieur de La Mothe Fénélon, vous aurés veu, par ma dernière dépesche, la résollution que j'avois prise de m'en venir en ceste ville, où je me suis acheminé suivant cella, estant arrivé dès mècredy dernier; et s'est mon voyage bien porté, grâces à Dieu, sinon qu'il est advenu que l'un des batteaux, où estoient aulcuns des officiers de la Royne de Navarre, ma sœur, heurta, passant soubz une des arches du pont Sainct Esprit, par la mauvaise conduitte du marinier qui en avoit la charge, la pile de la dicte arche, et s'ouvrit; de sorte que une partie des dictz officiers se noyèrent et mesme le premier maistre d'hostel de ma dicte sœur, Alfonce de Gondy, et une partie des meubles qui estoient sur le dict batteau se sont perdus, l'aultre partie, tant des hommes que des meubles, a esté sauvé.

L'occasion principalle de mon dict voyage par deçà est pour regarder et essayer, comme j'ay tousjours faict, despuis mon retour en ce royaulme, d'attirer ceux de mes subjectz, qui se sont eslevés en armes, à ce qui est de leur debvoir, sans voulloir négliger en cella aulcune chose que je penseray y pouvoir profitter, avec ma réputation, pour l'establissement du repos de ce dict royaulme; car, quand je ne verrois et ne sçaurois qu'il est temps de le faire, mon intention est, quelque chose que l'on veuille faire croire par delà, d'y pourvoir plustot par la voye douce que celle de la force, bien que les moyens de la dernière ne me soyent si courts que l'on faict publier en Angleterre. Il ne tiendra donc qu'à mes dictz subjectz eslevés qu'ilz ne jouissent bientost du repos qu'ilz doibvent desirer et pourchasser, et selon ce, qu'ilz se monstreront raisonnables en leurs demandes et à recevoir les conditions que je leur veux donner, l'on jugera de leurs cœurs et affection à la tranquillité publique de ce royaulme: en quoy, lorsque je y verray quelque avancement, vous en serés adverti.

Cependant, Monsieur de La Mothe Fénélon, entrettenés tousjours la dicte Royne et ses dictz ministres en ce que je vous ay escript despuis mon retour, qui est que je ne desire rien tant que de continuer en vraye et parfaicte amitié avec icelle Royne, et que, si elle est bien disposée en cella, qu'aussy suis je, et d'entrettenir entièrement, de ma part, le dict traicté comme il fault donques qu'elle fasse de la sienne, sans assister, ou faire assister, en quelque façon que ce soit, mes subjectz eslevés; me délibérant d'estre envers elle, pour tout ce que je luy promettray, si sincère qu'elle aura toute occasion de s'en louer. Aussy désirè je bien qu'elle en face de mesme, et que ceux de mes subjectz qui me font la guerre, sans se voulloir remettre et retourner à leur debvoir envers moy, ne trouvent faveur et assistance envers elle et ses principaux ministres, à mon préjudice; ce que j'estime que n'adviendra plus, quand elle entendra la droicte vollonté dont je veux procéder envers elle et ses subjectz, que je desire estre aussy réciproque d'elle envers moy et les miens, comme vous l'en pourrés tousjours bien asseurer, attandant que ceux que j'envoyeray de bref par delà y puissent arriver.

Je fais responce aux lettres que le Sr de l'Anguillier m'a escrites, et luy envoye un passeport, comme il le demande, que vous luy fairés seurement tenir; priant Dieu, etc.

Escript à Avignon le XXIIIe jour de novembre 1574.

HENRY. PINART.

Nota.—Pour l'année 1575, il ne s'est trouvé dans les papiers de. l'ambassadeur qu'une seule lettre inédite du roi en date du 24 mars, et Le Laboureur n'en a publié lui-même qu'un très-petit nombre.

Voir les Additions aux Mémoires de Castelnau, tom. III, p. 444 à 466, nos CXLVII à CLI, et nos II à XVIII des nouvelles additions:

Lettres du roi des 3 mars; 2, 4, 21 mai; 3, 21 juin; 7, 29 juillet, et 7 août 1575.