Lettres de la reine-mère des 4 mai et 29 juillet 1575.

CLXX

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

du XXIVe jour de mars 1575.—

Satisfaction du roi au sujet de la communication de son mariage à la reine d'Angleterre.—Assurance qu'il continuera toujours à maintenir l'amitié avec elle.—Satisfaction de la conduite tenue par Élisabeth a l'égard de Marie Stuart.—Espoir que la mission de Mr de La Châtre aura un bon résultat.—Prochaine arrivée des députés envoyés par le prince de Condé.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu voz trois dépesches des VIIe, XIe et XIVe[160], sur lesquelles ce que j'ay à vous dire c'est que je demeure très satisfaict de ce que vous avez sceu bien déduire à la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur; touschant le faict de mon mariage, qui n'apportera aulcune nouveaulté en la commune bonne amitié et intelligence que je veux avoir, qui demeurera tousjours ferme de mon costé, sans la souffrir altérer en quelque sorte que ce soit. Et ne se peut rien adjouster sur ce subject à ce que vous avés sceu déduire sagement, que je laisseray pour vous déclarer qu'il y a grande apparance que, si cest armement de ma dicte bonne sœur se continue, que ce sera à quelque aultre fin que du secours du Roy Catholique, mon frère, veu que le grand commandeur luy a faict dire qu'il n'avoit point de charge de l'accepter, sinon pour le secours du Païs Bas contre le prince d'Orange; à quoy ma dicte bonne sœur ne s'est point délibérée.

Je suis, au surplus, bien aise que, après avoir faict difficulté sur l'acceptation des petitz présentz que luy a envoyé la Royne d'Escosse, ma belle sœur, enfin elle les ait receus amiablement, ayant suivi en cella son royal naturel, qui ne peut estre corrompu par les malignes persuasions de ceux qui, par tous moyens, essayent de l'exciter contre ceste princesse prisonnière.

Je m'asseure que le Sr de La Chastre sera, à ceste heure, arrivé par delà, et, que sa charge aura grandement aydé à disposer bien toutes choses entre nous, ainsi que je le desire.

Au demeurant, je vous diray comme je suis attandant les députés de mon cousin, le Prince de Condé, qui arriveront, comme j'espère, dans le XXVIe ou XXVIIe de ce mois. Et sur ce, je prie Dieu, Monsieur de La Mothe Fénélon, qu'il vous ait en sa saincte et digne garde.