J'ai faict veoir l'escript que ceux du conseil d'Angleterre ont arresté par delà pour le faict du traficq et entrecours de marchandises entre mes subjectz et les Anglois, lequel, à la vérité, ils ne debvroient aucunement restraindre pour le regard des commerces des Pays Bas. Toutesfois je ne suis pas d'adviz que vous faictes là dessus plus grande instance que celle que jà vous avez faicte par vostre responce sur le dict article; car aussy bien cela ne serviroit de rien, et faudra regarder de passer les choses le plus doucement que l'on pouvra.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, depuys ma lettre du VIIe[24], par laquelle je vous ay adverty de la levée du siège de Poitiers, les ennemis se sont advancez de deçà Chatellerault assés prez du fort de Pille, où mon frère avait faict mettre ung nombre de harquebusiers pour le garder, d'autant que les ennemys voulloyent essayer de gaigner ce logis là; s'estant logé mon dict frère avec mon armée au lieu de la Selle, de sorte qu'il y a eu sy grande voisination entre les deux armées, l'espace de quatre ou cinq jours, que l'artillerye a tiré d'ung camp à l'autre. Il est vray que la rivière estoit entre deux, mais elle est gayable: et se sont cepandant passées plusieurs escarmouches ès quelles les dictz ennemys ont toujours eu du pire. Ils ont faict contenance jusques d'avoir grande envye de combattre, toutesfois ils n'ont jamais osé venir assaillir mon armée au lieu où elle estoit logée; laquelle, d'un autre costé, ne pouvoit, par la raison de la guerre, aussi habandonner ce lieu là bien advantaigeux, et qu'il failloit garder son advantaige, n'estant guère arrivé de nostre gendarmerye. Mon cousin le duc de Guyse est, de ceste heure, auprès de mon dict frère; lequel lui a amené ung bon renfort, et espère que bientost il s'ensuivra quelque bonne exécution utille et profitable au bien commung et universel de mon royaume. Escript le XIIIIe jour de septembre 1569.

CHARLES. BRULART.

XIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

du XXe jour de septembre 1569.—

Desir du roi que le mariage de Marie Stuart avec le duc de Norfolk s'accomplisse.—Ordre donné à l'ambassadeur d'encourager le duc dans sa poursuite, et de lui faire toutes les promesses qu'il jugera utiles.—Nécessité d'encourager les seigneurs catholiques à rétablir la religion, et de fomenter les divisions en Angleterre afin de détourner Élisabeth de porter secours aux protestans de France.—Vives instances qui doivent être renouvelées en faveur de Marie Stuart.—Résolution du roi de secourir le château de Dumbarton.—Conseil qu'il se propose d'adresser à Marie Stuart par un des secrétaires de cette princesse.—Nouvelles de la guerre.—Retraite de l'armée protestante.—Marche de l'armée catholique, qui la suit.—Espoir d'une prochaine bataille.—Succès remporté dans le Midi par Montgommery.—Réunion du maréchal de Danville et de Montluc pour le combattre.

Monsieur de La Mothe Fénélon, Chiffre, [j'ay sceu ce qui a esté mis en avant pour le faict du mariage de la Royne d'Escosse, ma belle sœur, avec le duc de Norfolc, lequel j'ay occasion de desirer qu'il s'effectue pour beaucoup de grands respectz et considérations, et mesmes pour l'affection que j'ay tousjours cognue que le dict duc de Norfolc a porté à l'entretènement de la paix entre ce royaume et celuy d'Angleterre, et aussy que je croy qu'il ne se pourroit présenter aucun autre party, du quel ma dicte belle sœur puisse recepvoir plus de bien, proffit et advantaige, pour son particullier, que de celluy là; et à ceste cause, je veux que vous vous employés dextrement en cest affaire, et le favorisiés de si bonne façon qu'il en puisse réuscyr quelque bon effect, et ne puissiez y estre traversé, ainsy que je croy que la Royne d'Angleterre l'essayera pour le soupçon qu'elle a conceu contre la Royne d'Escosse, qu'il ne fault doubter qui n'augmente, aprenant qu'il se traittera du dict mariage. Et fault qu'en cecy vous donniez courage au dict duc de poursuivre son entreprise et de n'en estre destourné pour quelque empeschement que la dicte Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, s'essaye d'y donner, sy elle le faict; car je suys tout résolu et veux que vous luy donniez cest asseurance de ma part, que je l'assisteray et ayderay, ensemble ceux de son party, tant en cest affaire que en toutes autres choses qu'ilz voudront entreprendre par dellà, soit en la faveur de ceux de la religion catholique ou pour autre cause, de toutz les moyens de gens et argent que Dieu m'a donné, ainsy que je le pourray commodément faire, me voyant en beau chemin de sortir bientost hors des affaires que j'ay; m'estant advis que, puisque la dicte Royne d'Angleterre ne crainct point, sous main, d'ayder et favoriser, comme elle a faict jusques icy, ceux qui me sont rebelles, il ne seroit que très utille d'essayer de luy remuer par dellà ung peu de mesnage, et se servir dextrement et à propos de la division qui est aujourdhuy entre ceux de son conseil.

A quoy je vous prie de penser, et de ne craindre point de faire des promesses bien ardies pour cest effect, faisant tousjours envers icelle Royne d'Angleterre bien vive instance pour le faict de la restitution de la dicte Royne d'Escosse et de son royaume, laquelle vous luy remonstrerés toucher bien avant à l'honneur commung de toutz ceux qui, pour luy estre alliez de sy près, et avoir avec elle de sy estroictes confédéracions, ne pouvons, sans estre cogneus défaillir grandement à nostre debvoir, la laisser plus longuement en l'estat qu'elle est pour ce jourdhuy; pendant lequel ses subjects rebelles regardent à establir leurs affaires au dict pays d'Escosse, et mêmes sont après à se vouloir saysir de Dombertran. A quoy je veux croire de sa bonne affection qu'elle voudra ayder la dicte Royne d'Escosse pour y remédier, et luy donner moyen de pourvoir la dicte ville de vivres et d'hommes, ainsy qu'il est très requis, et que, de ma part, je me dellibère de le faire, sellon que j'y suis raisonnablement tenu et obligé à ce que ses dictz subjectz rebelles ne s'en puissent emparer, ainsy qu'ilz sont pour le pouvoir faire, n'y estant pourveu promptement. Car ce seroit chose trop dure et indigne de nous, pendant que l'on tient la dicte Royne d'Escosse en quelque espérance de la restituer en son dict royaume, de laisser perdre une telle forteresse qui luy seroit bien mal aysé de recouvrer, puis après, par faulte de luy donner secours. A quoy, si elle estoit en sa pleyne liberté, elle regarderoit d'y pourvoir elle mesme.

Ce sont les choses que je vous ay voulu proposer de la déclaracion de mon intention; pour l'exécution de laquelle vous regarderez, sellon vostre dextérité et prudance accoustumée, de dresser sy bien vostre négociation que je soys servy en cest endroit sellon que je le desire, communicquant avec les susdictz le plus famillièrement qu'il vous sera possible, et leur faisant toutz les honnestes acceuils et trêtements que vous pourrez, pour les attirer à vous et les disposer à ma dévotion, pour servyr à remuer les affaires de la dicte Royne d'Angleterre; qui est le plus grand moyen que je puisse avoir, comme je pense, de la divertir d'entendre à favoriser mes rebelles, et ung service le plus notable que vous me sauriez faire par dellà.