Ung des secrétaires de la dicte Royne d'Escosse doibt bientost s'en aller trouver sa Mestresse, par lequel je luy manderay de mes nouvelles, et luy feray entendre combien je desire le susdict mariage s'effectuer, ainsi que vous luy fairés aussi sçavoir de ma part, afin que d'autant plus volontiers elle y entende; vous voulant, au reste, bien faire souvenir de vous monstrer bien advisé à manier ceste négociation, et de n'y rien faire, en ce, que avec ung grand jugement des personnes à qui vous aurez affaire, pour vous en déscouvrir à eulx autant que, avec raison, vous en aurez de confidance].

Despuis mon autre lettre escripte, les ennemys ont esté, quelques jours, vis à vis de mon armée, qui estoit campée à la Selle. Et, après avoir faict contenance d'avoir envye de combattre ma dicte armée, combien que, pour cest effect, ils n'ayent jamais ozé approcher du lieu, là où elle estoit campée, jaçoit qu'elle ne fust beaucoup forte de gens de cheval françoys, à la fin se sont retirés, de nuit, sans sonner tabourin ny trompette, faisant grande journée; ayant été suivys de ma dicte armée qui se retrouve ez quartiers de Montebelair, à une demye lieue près d'eux, sans ruysseau ny rivière; dont je ne puis espérer autre chose sinon qu'ils viennent bientôt à une bataille.

Du costé de Béarn, vous avez entendu cy devant comme les sieurs de Terride et Ste Columbe, s'estant retirez du siège de Navarrin, ont esté surprins dedans la ville d'Orthays, où ils ont esté prins prisonniers par Montgommery avec quelque peu de leurs gens, s'estant sauvé le reste. Il est vray que, despuys, mon cousin le mareschal Dampville, qui avoit des forces en Languedoc, et le Sr de Montluc se sont joinctz ensemble, en espérance de rompre et deffaire le dict Montgommery, ce qu'ils pourront faire, estant fortz comme ils sont. Sur ce, etc.

Au Plessis lez Tours, le XXe jour de septembre 1569.

CHARLES. BRULART.

XXIV

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

du XXIe jour de septembre 1569.—

Assurance que le duc et le cardinal de Lorraine donnent leur consentement au mariage de Marie Stuart avec le duc de Norfolk.—Nécessité d'empêcher la reine d'Écosse d'accepter les propositions du duc d'Albe pour son mariage avec don Juan.

Monsieur de La Mothe Fénélon, je n'ay à vous faire responce à la dépesche, que nous a aportée Sabran, que sur la lettre que m'avez escripte de vostre main, par laquelle j'ay veu l'advancement que vous avez donné au mariage, dont je vous ay par mes précedantes escript; lequel je desire grandement s'exécuter, et que, pour ce faire, vous n'espargniez poinct le nom du Roy, Monsieur mon fils, et le mien, mais plustost donniez toute asseurance que nous ne deffaudrons en rien au duc de Norfolc en tout ce que nous pourrons l'ayder et favoriser pour y parvenir, et ferons, si besoing est, que mon fils le duc de Lorraine et mon cousin le cardinal de Lorraine y presteront leur consentement; vous voulant bien dire que, m'ayant mis, mon dict cousin le cardinal de Lorraine, sur ce propos de la Royne d'Escosse, il m'a dict que ung des secrétaires de la dicte Royne d'Escosse, venant de Flandres, lui avoit dict que le duc d'Alve lui avoit envoyé dix mil escuz, ce qui se conforme à ce que m'en avez mandé, et luy faisoit promesse, si elle vouloit entendre au mariage du bastard, de la secourir de vingt mil hommes qu'il envoyeroit en Escosse, dont y en auroit cinq mil espaignolz. En quoy l'on veoit bien que le dict duc d'Alve veult essayer de rompre les choses, qu'il a peut estre entendu estre si avancées, avec le dict duc de Norfolc; combien que l'on puisse bien s'asseurer que, quant il seroit pris au mot du secours qu'il offre ainsy, qu'il n'y satisferoit pas.