Quant à l'estat de nos affaires, il est tel que nostre armée estant aujourdhuy renforcée d'ung bon nombre de chevaux françoys, que mon frère a attendu au séjour qu'il a fait à Chinon, il est après à suivre nos ennemys, qui sont au dedans de leur conqueste, pour les attirer au combat; dont, dedans peu de jours, il se sçaura certainement ce qui s'en devra espérer, estant la dicte armée aussy belle et en la plus grande dellibération de bien faire qu'il se peut dire; priant Dieu, etc.

Escript au Plessis lez Tours, le dernier jour de septembre 1569.

CATERINE. BRULART.

XXVII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

du IVe jour d'octobre 1569.—

Première nouvelle de la victoire remportée à Moncontour.—Blessure du duc de Guise.—Confiance que cette victoire arrêtera les projets des princes protestans.—Assurance que les Anglais recevront toute protection en France pour leur commerce.

Monsieur de La Mothe Fénélon, vous avez entendu par ma dernière en quel estat estoient les choses, entre mon armée et celle de mes ennemys, et l'espérance où j'estois que bientost mon frère, le Duc d'Anjou, les contraindroit de combattre; à quoy il a si bien travaillé que, quelque recullement qu'ils ayent faict, ils feurent hier par luy réduictz à telle perplexité qu'il leur a donné la bataille, laquelle il a gaignée avec une grande effuzion de sang de mes dictz ennemys. Je ne vous puis encore mander les particulliaritez pour ne m'avoir esté apportée ceste nouvelle que par ung courrier, que Villeroy m'a despesché, qui a laissé mon dict frère qui suivoit la victoire, et par un gentilhomme de mon cousin, le duc de Guyse, qui s'est trouvé à la dicte bataille, et ne demeura pas comme les autres à suivre la dicte victoire, à cause qu'il fallust qu'il aydast à ramener à Chinon mon dict cousin le duc de Guyse, qui a esté blessé d'une harquebusade dessus le pied, qui n'est pas grande chose. Vous fairés part de ceste bonne nouvelle à la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, laquelle en recepvra plaisir et contantement pour l'amour et affection qu'elle porte au bien de mes affaires.

J'ay receu vostre despesche, du XXIIIe du passé[28], par laquelle j'ay veu ce que me mandez de quelle part a esté receue, de par delà, la nouvelle de la levée du siège de Poitiers, le retour de Quillegrey d'Allemaigne, ce que l'on dit qu'il a rapporté, dont le temps fera rabattre quelque chose; espérant bien que Dieu, monstrant son juste jugement sur mes rebelles par l'heureuse victoire qu'il m'a donnée, faira aussy penser toutz les autres princes à ne rien faire, par cy après, qui soit pour les favoriser.

Au demeurant, je trouve fort bon que vous baillez toutes les lettres de recommandation, dont vous serez requis, aux angloix qui voudront venir trafficquer en ce royaume, qui y seront tousjours bien receuz et recueilliz; estant tout ce que j'ay à vous dire et l'endroict auquel je prye Dieu, etc.