du VIe jour d'octobre 1569.—

Relation sommaire de la bataille livrée le 3 octobre 1569.

Le vendredy, dernier de septembre, troys cornètes des reistres de l'admiral furent deffaictes en une escarmouche qui s'ataqua, et disoyt on que Mansefale y feust tué.

Le mardy, quatriesme du moys d'octobre, sur les cinq heures de matin, arriva, au Plessis lès Tours, Mr de Chely, gentilhomme de la maison de Mr de Guise, lequel porta nouvelle au Roy, estant Sa Majesté encores au lict, que, le lundy, troisiesme du dict moys, à une heure après midy, Monseigneur d'Anjou, frère du Roy, partant de Chinon pour aller loger son armée à Mirabeau, trouva, entre Moncontour et St Jehan de Saune, l'armée de l'ennemy, délibérée comme luy d'aller prendre le dict logis de Mirabeau.

Quoy voyant, le dict Seigneur d'Anjou ayant trouvé son ennemy en lieu commode pour le combatre, ce qu'il n'avoyt peu, de longtemps, à cause des rivières, et estans les uns et les aultres logés en pareilh advantaige dans les pleines de Giroux, entre le dict Montcontour et St Jehan, ny voullant le dict Seigneur d'Anjou perdre sy belle commodité, et mêmes voyant leur cavallerye esbranlée à la fuitte, chargea à toute oultrance, après avoir tiré plusieurs coups de canon dans la batalhe de l'ennemy, qui ne feut sans l'endomaiger beaucoup, voullant poursuivre l'heur de sa fortune, donna dedans les escadrons de l'infanterye de sy grand roydeur qu'il mit en pièces quinze mil ou plus, et print prisonnier l'Admiral[29].

De ce que dessus le dict Sr de Chaly en asseura le Roy, suyvant l'asseurance duquel Sa Majesté, sautant du lict, rendict grâces à Dieu de la victoyre qu'il luy avoyt pleu luy donner; et soubdain, après en avoir faict advertir la Majesté de la Royne, Madame sa sœur, et tous Messieurs les Princes, Sa Majesté s'en alla, accompaigné de tous les susdicts au couvent des bons hommes lez Plécys, où ilz feirent rendre grâces à Dieu et chanter le Te Deum par les dicts relligieux du dict couvent. Après, Sa Majesté ouyst la messe, sur la fin de laquelle arrivèrent les chantres de sa chapelle, ausquelz il feist chanter encores le Te Deum en musique. Et soubdainement estans sourtys de l'esglise, Mr le cardinal de Guise monta à cheval pour aller veoir Mr de Guise, son nepveu, que l'on avoit faict porter à Chinon pour le pencer d'une pistollade qu'il avoyt eue sur la joincture du pied, ainsi que en faisoyt foy une chause de soye incarnade, que le dict Chally apporta à Mr le cardinal, son oncle.

Despuis le dict Chally arrivé, n'y eust aulcunes nouvelles de particullier de la dicte batalhe jusqu'à l'heure de vespres, estans Leurs Majestez au dict couvent des bons hommes. Et les vespres achevées, arriva Mr le comte de Retz, lequel confirma la victoyre avoir esté encores plus grande que n'avoyt dict le dict Chally; car il asseura Leurs Majestez y estre demeurez quinze mil hommes d'infanterye, de la part de l'ennemy, et unze pièces d'artillerye, tant cannons, collouvrines que pièces de campaigne, oultre plus troys mil charriotz des reistres, la pluspart désatellés; et bien encores huict ou neuf cens chevaulx, tant reistres que françois.

Plus, a asseuré le dict Sr conte de Retz à Leurs Majestez que Harn Mansefale, qui avoyt esté érigé à la charge du duc de Deux Pontz, pour collonel des reistres, avoyt esté tué, et aussi le marquis de Bade, qui avoyt ung régiment de troys mil reistres pour le Roy avoyt esté tué; et Monsieur, frère du roy, porté par terre, mais soubdainement rellevé par Mr l'admiral de Villars; Mr le marquis de Mayne porté par terre et soubdainement rellevé des siens sans aulcung mal; le jeune ringrave blessé d'une arquebuzade; et plus n'a dict le dict sieur conte estre demeuré des chiefz, cappitaines et seigneurs signallés, mais qu'il avoyt laissé Mon dict Seigneur d'Anjou à deux grandz lieues par dellà où le grand choc avoyt esté donné, poursuyvant le reste de l'ennemy qui s'estoit escartté en desroutte.

Plus a dict le dict sieur conte avoir entendu de La Noue, qui a esté encores reprins prisonnier, qu'il avoyt veu porter l'Admiral à quatre hommes, blessé à mort, d'une arquebuzade à travers le corps, qui a esté cause de radoubler la joye de Leurs dictes Majestez et à tous les princes et seigneurs de la cour; lesquelz, lendemain mercredy, cinquiesme, feyrent une fort belle procession généralle despuis St Germain jusqu'à St Martin de Tours, pendant laquelle le gentilhomme qui a donné l'advis de ce dessus se partist du dict Tours, le cinquiesme de ce dict moys.

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