LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

du premier jour de novembre 1569.—

Mise en arrêt du duc de Norfolk.—Protection assurée à Marie Stuart.—Secret qui doit être gardé sur les communications du roi à cet égard.—Nouvelles de la guerre.—Prise de Lusignan et de Saintes.—Siège de Saint-Jean-d'Angely.—Efforts que l'ambassadeur doit faire pour jeter la dissension parmi les seigneurs d'Angleterre.—Plaintes au sujet d'un paquet volé à l'ambassadeur.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay esté grandement satisfaict d'avoir entendu si particulièrement par vos lettres des IIIe, VIIe, VIIIe et XIIIe du passé[30] et par le double de celles de la Royne d'Escosse[31], ma belle sœur, l'estat de ses affaires, et celles du lieu où vous estes. Et ne me sçauriés faire plus grand plaisir que de mettre peine d'entendre bien au long ce qui surviendra cy après, pour m'en donner advis, d'autant que c'est chose qui importe grandement pour mon service au temps où nous sommes, mesmement à ce qui touche les affères [du duc de Norfolc et autres qui ont esté arrestés; de l'yssue et succès duquel arrest je seray bien ayse d'entendre ce que vous en espérés et le jugement que vous en faictes.

J'ay aussy entendu par vos dictes lettres comme, jusqu'au jour de la dacte d'icelles, les propos, que vous avez mis en avant touchant le mariage de la Royne d'Escosse avec le duc de Norfolc, avoient esté tenus comme venant de vous seulement, et non de moy, ce que j'ay trouvé bon; et que par cy après vous favorisiés cest affaire, et tout ce qui touchera la dicte Royne, en tout ce qui vous sera possible, pour le desir que j'ay de la voyr hors de la peine où elle est, et qu'elle soit remise en son royaume avec l'authorité et commandement sur ses subjects qu'il luy appartient; mais il faut que ce soit si dextrement et secrettement qu'on ne puisse descouvrir ny entendre que cela vienne de moy, ce que je m'asseure que vous sçaurés si sagement conduire, selon mon intention et volonté, qu'il n'en sera rien cogneu; vous asseurant que je ne manquerai, à la première commodité, et audience que je donnerai à l'ambassadeur d'Angleterre, de luy faire bien entendre le desplaisir que j'ay du mauvais traictement que reçoit la dicte Dame, par delà, de la dicte Royne d'Angleterre et de ses ministres; et pareillement de la vollerie de mon pacquet, duquel je vous prie faire toute l'instance que vous pourrés afin de vous le faire rendre.]

Au reste, vous entendrés par le sieur de La Croix, que je vous renvoye, comme les ville et chasteau de Lusignan ont esté remis et réduicts à mon obéissance par composition, où il a esté trouvé grand nombre de piques et autres armes, avec vingt quatre pièces de grosse artillerie, entre lesquelles y a sept ou huit canons et plusieurs coullouvrines; et y en a, entre autres, une pièce de celles qui ont esté envoyées d'Angleterre aux rebelles. La ville de Xainctes est aussi réduicte en mon obéissance. Et espère, dans peu de jours, loger avec mon armée dedans St Jean d'Angely que je tiens assiégé.

Et pour ce que vous entendrés plus au long les particularités par le dict La Croix, me remettant sur ce qu'il vous en dira, je ferai fin à la présente, etc.

Escript au camp devant St Jean d'Angely, le premier jour de novembre 1569.

[Faictes tout ce que vous pourrés sur ceste occasion qui se présente, du duc de Norfolc et autres qui sont prisonniers, pour les mettre en discention et en trouble entre eux, afin de brouiller leurs affaires le plus qu'il sera possible, pour, par ce moyen, les empescher de plus secourir.]

Depuis la présente escripte, j'ay vue vos lettres[32] du XVIIIe, et m'avez faict grand plaisir de me mander si particulièrement tout ce qui est passé par delà depuis vos précédantes. Et pour ce que l'ambassadeur d'Angleterre n'est icy près de moy, je luy ay escript ce que vous verrés par le double de la lettre[33] que je vous envoye, me plaignant tant de ce que vostre paquet a esté vollé que du mauvais traittement que la Royne, sa Mestresse, et ses ministres font à la Royne d'Escosse, ma belle sœur, afin qu'il en escrivît par delà et fît entendre le malcontentement que j'en ay, dont je vous ay bien voullu advertir.