du IVe jour de may 1570.—
Conférence entre la reine-mère et l'ambassadeur d'Angleterre.—Offre de l'ambassadeur de faire la proposition du mariage du duc d'Anjou avec Élisabeth.—Désir de la reine que La Mothe Fénélon appuie les projets de mariage de Leicester.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu voz lettres du IXe, XIIIe et XVIIIe du moys passé, auxquelles l'on a différé de vous faire responce, tant pour attendre le retour du Sr de Biron et des depputés que la Royne de Navarre et les Princes, ses fils et nepveu, ont envoyé devers le Roy, Monsieur mon fils, que pour vous avoir mandé, par le Sr de Vassal, tout ce que nous vous pouvions escrire jusques à ce que l'on ait veu la résollution qui seroit prise de la négotiation de la paix. Et pour ce que, par les lettres que le Roy, Mon dict Sieur et fils, vous escript et les responces qu'il leur a faictes, qu'il vous envoye, vous serés bien amplement instruict de tout ce qui s'est passé en cest affaire jusques à présent; m'en remettant là dessus, je ne vous en manderay aulcune chose en la présente, m'asseurant que vous en fairez sagement et dextrement entendre à la Royne d'Angleterre ce que vous verrez et cognoistrez qu'il en sera de besoin;
Vous voullant bien advertir comme, à la dernière audience que je donnay à son ambassadeur, estant sur le propos de la Royne, sa Maistresse, je luy dis que le Roy, Mon dict Sieur et fils, et moy desirions, pour l'amitié que nous luy portons, qu'elle voullût mettre la Royne d'Escosse en liberté, et luy ayder et favoriser en tout ce qu'elle pourroit pour la remettre en son royaulme, avec l'autorité qui luy est deue; et aussy qu'elle prît une résolution de se marier et de choisir quelqu'un qui feust à sa dévotion et de qui elle peut disposer à sa vollonté; et par ce moyen elle demeurerait en plus grand repos en son royaulme, et osteroit les occasions des troubles qu'elle a heue naguières, et encores a; et que ceux, qui prétendent succéder après elle, n'auroient plus de prétexte d'y faire les remuements et menées qu'ils font ordinairement.
Sur quoy le dict ambassadeur me fit responce que, si je parlois pour mon fils, le Duc d'Anjou, qu'il en escriroit vollontiers, et qu'il pensoit que sa Mestresse auroit bien agréable d'en ouïr parler.
Et, sur ce, je luy remonstray que l'âge de mon fils estoit si inesgal au sien que cella ne se pourroit effectuer, et qu'elle debvoit regarder d'en choisir quelqu'un dans son royaulme tel que bon luy sembleroit: ce que je desire que vous faciés entendre au comte de Lestre, et comme, suivant ce que vous m'en avés cy devant escript, et les propos qu'il vous en avoit tenus, j'ay dict cella au dict ambassadeur; et que ce n'est à aultre fin que pour luy faire cognoistre la bonne vollonté que le Roy, Mon dict Sieur et fils, et moy luy portons, et que nous avons faict et fairons tous les bons offices que nous pourrons pour luy ayder à parvenir à ce qu'il peut desirer en cest endroict; nous asseurant aussy qu'il faira tousjours tous les bons offices qu'il pourra envers sa Mestresse pour entretenir la bonne amitié qui est entre nous.
Quand au faict de la Royne d'Escosse, vous verrés ce que le Roy, Mon dict Sieur et fils, vous en escript, et entendrés, tant par sa lettre que par ce que nous avons dict au présent porteur, qui est à vous, sur ce plus amplement son intention; qui me gardera de vous faire la présente plus longue. Sur ce, etc.
Escript à Chasteaubriant le IVe jour de may 1570.
CATERINE. FIZES.