XLIX

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

du XXXIe jour de may 1570.—

Affaires d'Écosse.—Nouvelle déclaration du roi pour qu'il soit enjoint à Élisabeth de retirer ses troupes de ce pays.—Offre acceptée par le roi de s'établir médiateur entre Élisabeth et Marie Stuart.—Charge donnée à l'ambassadeur de se rendre auprès de la reine d'Écosse.—Instruction pour le traité qui pourrait être conclu.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu voz lettres des XXIIIe et XXVIIe apvril, et IIIe et VIIIe du présent moys de may[53], par lesquelles vous me faictes bien et particullièrement entendre tout ce qui s'est passé de delà; et mesmes pour les forces que la Royne d'Angleterre a faict acheminer en Écosse, la façon de laquelle on y a procédé, ayant bruslé partout où ils ont passé, et prins le chasteau de Humes, où ils ont mis garnison, la deffaicte de la plus grande partie des forces qu'avoit milord Scrup, et particullièrement la responce que la Royne d'Angleterre vous a faicte, luy ayant faict entendre ce que je vous avois escript, et donné charge de luy dire, de ma part, pour le faict de la Royne d'Escosse et des forces qu'elle faisoit passer en son royaulme, et que, pour l'ancienne allience et amitié qui est entre ces deux royaulmes, je ne pourrois moins faire que de la secourir; ayant bien notté et considéré tout ce que vous m'en avés mandé et ce que Sabran, présent porteur, oultre le contenu en voz despesches, m'en a faict entendre amplement de vostre part. Sur quoy je vous veux bien advertir que j'ay trouvé très bon tout ce que vous en avés faict, qui est conforme à mon intention et vollonté, ayant résollu de tenir le mesme langage à son ambassadeur, lorsqu'il m'en parlera.

Et cependant vous pourrés voir la dicte Dame, et luy dire que les propos, que je luy ay faict tenir par vous, ne sont point pour rompre aulcunement la forme de paix et amitié que nous avons ensemble; qu'elle sçait bien que ce n'est pas une allience nouvelle que je fais avec la Royne d'Escosse et son royaulme, pour ce qu'il y a neuf cens ans qu'elle a esté ainsi continuée par les Rois, mes prédécesseurs, et ceux du dict Escosse; et que, pour mieux entretenir l'amitié qui est entre nous, je n'avois point voullu, suyvant la prière et requeste que son dict ambassadeur m'en avoit faicte, envoyer aulcunes forces en Escosse, sur l'asseurance qu'il m'avoit donnée que la dicte Dame n'y en envoyeroit point aussy. Et voyant à présent le contraire, et que la Royne d'Escosse et les principaux de son païs me voudroient ou pourroient sommer de les secourir, suyvant les traités, je ne pouvois moins faire, pour entretenir l'amitié d'une part et d'aultre, que de luy faire remonstrer ce que vous luy avés desjà dict; et que, pour les raisons et considérations susdictes, je la prie de rechef de ne rien faire ou entreprendre sur la dicte Royne d'Escosse et son royaulme, et d'en faire incontinent rettirer ses forces, ayant bien agréable l'offre, qu'elle vous a faicte, de voulloir recevoir les conditions que la Royne d'Escosse luy demandoit sur la commodité de ses affaires, ou que je luy faisois offrir pour elle.

Et pour mieux et plus tot acheminer ceste négociation, vous la prierez de vous permettre d'aller trouver la dicte Royne d'Escosse pour luy en communiquer, et qu'elle puisse appeller aulcuns de son conseil, telz qu'elle advisera, affin qu'avec eulx elle puisse faire mettre par escript tout ce qui sera nécessaire pour l'entretènement d'une bonne paix, amitié et concorde entre elles deux; et que je vous ay donné charge de dire à la Royne d'Escosse que je desire que, de sa part, elle garde et fasse observer et entretenir inviolablement tout ce qui sera faict et accordé entre elles, et aussy qu'elle pardonne à tous ses subjects pour tout ce qu'elle pourroit prétendre avoir esté faict par eulx, soit en faveur de la Royne d'Angleterre, ou aultrement. Et pour cest effaict, Monsieur de La Mothe Fénélon, vous regarderez par tous les moyens dont vous pourrés aviser à conduire si bien ceste résolution qu'elle a prinse, qu'il s'en puisse ensuivre bientost un bon accord, et la Royne d'Escosse mise en liberté et en l'authorité et commandement qu'elle doibt avoir en son royaulme.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous envoye un extraict de la lettre, que le maréchal de Dampville m'a escripte par Le Béloy, de la deffaicte d'un grand nombre d'hommes de cheval et à pied, qu'il a faicte sur mes subjects rebelles, affin que vous puissiez faire entendre au vray à la dicte Dame, et où il sera de besoin, ce qui en est. Et en attendant le retour des susdicts de Biron et de Malassise, que j'ay envoyé devers les Princes de Navarre et de Condé, et l'Admiral, pour leur faire entendre ma dernière résollution sur ce qu'on nous faict requérir et supplier, je suis allé en Bretaigne pour y prendre plaisir à la chasse; et m'achemine présentement, par la Normandie, vous avisant que vous ne me sçauriés faire servisse plus agréable que de me tenir ordinairement et continuellement adverti de toutes les nouvelles et occurences de delà, comme vous avés très bien, et à mon contentement, faict jusques ici, ainsi que j'ay donné charge à Sabran vous dire plus particullièrement de ma part. Sur ce, etc.

Escript à Mortaing, le dernier jour de may 1570.

Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys la présente escripte, j'ay reçue voz lettres des XIIIe et XVIIe de ce moys[54], par lesquelles vous m'advertissez de ce qui s'est passé de delà, despuys voz dernières lettres, et de combien a servi ce que vous aviés faict entendre à la Royne d'Angleterre de ma part, ayant faict rettirer ses forces en la frontière; et sur ce que vous me mandez particullièrement de l'expédient que la dicte Dame veut prendre sur les affaires de la Royne d'Escosse, et comme elle pourra traicter seurement avec elle, de trois poincts; sçavoir est: du tiltre qu'elle prétend à la couronne d'Angleterre, d'une ligue et de la religion.