LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
du VIe jour de juillet 1570.—
Négociation concernant Marie Stuart.—Articles sur l'exercice de la religion protestante et la ligue entre l'Angleterre et l'Écosse.—Avertissement donné aux gouverneurs des ports des entreprises projetées par les protestans.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ai receu vostre lettre du XXVe du passé[57], et par le contenu en icelle veu la façon dont vous avés procédé pour faire entendre à la Royne d'Angleterre mon intention, sur ce qu'on luy avoit voullu faire acroire de l'asprest que je faisois faire en Bretaigne pour envoyer des forces en Escosse, et luy oster l'opinion que, à la persuasion d'aulcuns de ses ministres, elle avoit conceu du contraire, nonobstant la promesse que j'en avois faicte à son ambassadeur et ce que je vous ay mandé et donné charge de luy dire de ma part; ayant trouvé très bon que, au lieu de luy escrire, vous ayez avisé d'attendre qu'elle ait moyen de vous donner audience, affin que vous mesmes, de vive voix, luy puissiés dire et asseurer tout le contraire de ce que on luy a voulleu persuader; et ce pendant ceux que vous m'escrivés, lesquelz sont absents de sa cour, seront de retour; et sur ce que vous me mandés avoir descouvert que aulcuns de son conseil, qui ont tousjours voulleu empescher la liberté et restitution de la Royne d'Escosse, voyant que leur Maistresse estoit délibérée de mettre une fin à cest affaire, et parachever ce qui est desjà commancé, ont résollu de se tenir fermes aux conditions portées par vostre lettre, et dont j'ay fait faire un extraict que vous trouverez avec la présente; sur quoy vous désirés entendre ma vollonté pour l'exposer quand il sera temps et qu'il en sera traité.
J'ai pensé que, à présent, vous aurés receu toutes les despesches que je vous ay ci devant faites, et mesmes les dernières par Vassal, et le sieur de Poigny[58], par lesquelles je vous ay satisfaict à la pluspart du contenu au dict mémoire, qui est que je ne voullois poinct bailler aulcuns otages françois, de quelque qualité qu'ils le puissent demander; et, pour le regard de ceux qu'ils voudront avoir du royaulme d'Escosse, que je m'en remectz entre elles deux et leurs ministres pour en accorder, ainsi que bon leur sembleroit, réservé le Prince d'Escosse, comme n'estant raisonnable qu'il soit mené hors son royaulme. Et à ceste occasion, je desire que vous faites tout ce que vous pourrés pour empescher qu'il ne soit poinct envoyé en Angleterre.
Quand au faict de la religion protestante, pour estre establie et confirmée en Escosse; le serment solennel qu'ils veullent faire faire à la Royne du dict pays de ne se marier sans l'exprès consentement de la Royne d'Angleterre et de chasser les rebelles anglois qui se sont rettirés en son païs; la cession, qu'ils veulent qu'elle fasse à la Royne d'Angleterre et aux enfants qui viendront d'elle, de tout le droict et tiltre qu'elle prétend au dict royaulme; de déclarer, dès à présent, pour son successeur à celluy d'Escosse et aux droits qu'elle prétend à celluy d'Angleterre le Prince, son fils; je remetz cella à ce que vous en saurés bien meurement et sagement adviser avec la Royne d'Escosse et ses ministres, pour faire le traité le plus à son avantage qu'il sera possible, et qu'il ne me soit aulcunement préjudiciable.
Touchant la ligue offensive et deffensive entre les deux Roynes et leurs royaulmes, à laquelle me sera donné lieu pour y entrer, si bon me semble, vous aurés veu ce que je vous en ay mandé cy devant sur cest article, lequel méritte d'estre bien pesé et considéré par vous, ensemble celuy qui est ensuivant, par lequel il est dict qu'il ne sera loisible d'introduire nul estranger en armes dans le païs, d'où qui soit, ni par quelque coulleur ou prétexte que ce puisse estre; et se garder, le plus que l'on pourra, de n'entrer point à faire de nouveaux traictés qui puissent préjudicier aux anciennes alliances que mes prédécesseurs et moy avons heu, de si longtemps, et qui demeurent encore avec ceux d'Escosse. Et suffiroit seulement d'accorder ce que vous verrez estre bon pour l'entretènement d'une bonne et commune amitié entre elles et moy; et où vous verriés que l'on voudroit faire et accorder chose qui me feust préjudiciable, avant de passer oultre, je veux et entends que vous m'en advertissiés, pour, sur ce, vous faire entendre mes voulloir et intention.
J'ay veu aussy ce que vous me mandés des nouvelles que vous avés heues des forces d'Allemaigne, et ce que vous avés peu sçavoir de leur délibération, et pareillement de la descente que ceux de leur parti veullent faire par mer en aulcuns des ports et havres de Picardie, Normandie, Bretaigne ou Guienne, dont j'ay adverti les gouverneurs des provinces et ceux qui y commandent pour moy, affin de se tenir sur leurs gardes. Qui est tout ce que j'ay à vous escrire pour le présent, me remettant du surplus sur ce que je vous ay mandé par le dict Vassal, Sr de Poigny et celluy des vostres que vous m'avés dernièrement envoyé.
Despuys la présente escripte, j'ay receu vostre despesche du XXIXe du passé[59] et veu ce que, par icelle, vous me faictes savoir. Sur quoy n'est besoin vous faire aultre response pour ceste heure; en attendant l'advis de ce que vous aurés négotié par dellà.
Escript à Gaillon, le VIe jour de juillet 1570.