Sa Majesté leur a faict responce:
Qu'elle mercye, en premier lieu, de toute la sa plus grande affection, Mes dictz Seigneurs les Ellecteurs et Princes, de la cordiale démonstration qu'ilz luy font de leur singulière bienvueillance et amityé, ayant envoyé leurs dictz ambassadeurs pour se conjouyr et congratuler avec elle de la nouvelle alliance qu'elle a naguyères contractée avec l'Empereur, par le mariage de sa fille; laquelle alliance elle veut bien faire entendre, à Mes dictz Seigneurs les Ellecteurs et Princes, avoyr principalement desiré pour avoyr cogneu qu'ainsy que le dict Empereur tient le premier tiltre et degré d'honneur entre les Princes Chrestiens, Dieu luy a donné aussy les grandz sens, prudence et excellentes vertuz de magnanimité, clémence et bonté qui se doibvent desirer en si haulte dignité, oultre ce, qu'il s'est toujours monstré du tout affectionné à maintenir ung bon et heureulx repos en la Chrestienté. A quoy l'intention de Sa Majesté est de luy correspondre avec telle volonté qu'elle espère, au plaisir de Dieu, que leur commune alliance servira grandement pour establir une asseurée tranquillité par toute la République Chrestienne.
Et si, davantage, elle a estimé que la bonne et parfaicte amityé qu'elle a par naturelle inclination avec Mes dictz Seigneurs, les Ellecteurs et Princes de la Germanye, et qui luy a esté comme héréditairement délaissée par ses père et ayeul, sera, par le moyen de la dicte alliance, tousjours de plus en plus confirmée et corroborée; qui sont les principaux poinctz qu'elle en a espéré et désiré tirer.
Et, pour le regard de l'aultre poinct de congratulation, qui est de la paix qu'il a pleu à Dieu restablir en son royaulme, elle leur répond qu'elle ne doubte point que Mes dictz Seigneurs, les Ellecteurs et Princes, se ressentantz et resouvenantz de la grande amityé et bienvueillance que les Roys, de très heureuse mémoire, Henry et Françoys, père et ayeul de Sa dicte Majesté, ont porté aux Princes de l'Empire, leurs prédécesseurs, ne reçoyvent tousjours une grande joye et playsir de ce qu'ilz verront succéder et se promouvoir pour le proffict et utillité de ce royaulme, comme a esté la paciffication des troubles; et prend en fort bonne part les sages et prudentz recordz que Mes dictz Seigneurs, les Ellecteurs et Princes, luy ont faict faire pour l'entretènement de la dicte paciffication; car il n'y a rien en ce monde qu'elle ayt tant à cueur, ny à quoy plus constamment elle persévère que à travailler de mectre et conserver la paix, unyon et repos entre ses subjectz, comme le vray et seul moyen de la prospérité des royaulmes et estatz. Chacun aussy a peu veoir, comme ses subjectz n'ont poinct plus tost monstre l'envye qu'ilz avoient de venir à la recongnoissance de leur debvoir, qu'elle ne les ayt bénignement embrassez et receuz en sa bonne grâce.
Au surplus, le Roy prie très affectueusement Mes dictz Seigneurs, les Ellecteurs et Princes, de continuer envers luy ceste bonne volonté qu'ilz démonstrent, et qu'ainsy, comme luy, suyvant les vestiges de ses ancestres et de sa naturelle inclination, les ayme et estime avec toute sincérité de cueur et d'affection aultant qu'il est possible, eulx aussy luy vueillent mutuellement correspondre, se tenantz asseurez qu'en tout temps et occasion ilz trouveront Sa dicte Majesté prompte et entièrement disposée à employer les moyens que Dieu luy a donnez, sans y rien espargner, pour la conservation et accroissement de leurs dignitez et honneurs.
Faict à Villiers Costerez, le XXIIIe jour de décembre 1570.
CHARLES. BRULART.
LXXII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
des XXIXe jour de janvier et 1er jour de febvrier 1571.—