Négociation du traité concernant Marie Stuart.—Discussion des articles.—Menées du duc d'Albe en Écosse.—Demande de nouvelles sur l'entreprise tentée par les Bretons en Irlande.—Assurance donnée à Mr le cardinal de Chatillon que les bénéfices seront conservés conformément à l'édit.—Arrivée de Walsingham.—Remerciement du roi au sujet du présent qui lui a été fait par Leicester.—Regret que lord Buckhurst ne puisse assister aux fêtes du mariage, retardées à cause de la maladie de la reine.—Audience de congé donnée à Mr de Norrys.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu par le Sr de Sabran, présent porteur, vostre dépesche du XXIXe du moys passé; et, despuis son arrivée, celles des VIe, XIIIe et XVIIIe jours du présent[84], ayant esté bien aise d'avoir veu que la Royne d'Angleterre, Madame ma bonne sœur, soit à présent si contente de l'honneste langage que j'ay tenu à son ambassadeur, comme vous luy avés faict voir par l'extrait de ma lettre. Vous aurés encore despuis veu, par les despesches que je vous ay faictes, tant par l'ordinaire que par vostre secrettaire, comme son dict ambassadeur est le plus satisfaict qu'il est possible; et, encores que je vous aye, par mes précédentes et par les articles que je vous envoyay apostillés, amplement satisfaict aux poincts principaux, sur quoy vous avés particullièrement donné charge aux dictz porteurs de raporter responce résollue, et spéciallement par la dernière que vous a portée vostre dict secrettaire, je ne laisseray pourtant de reprendre chascun poinct succintement.

Et vous diray, quand au faict de la Royne d'Escosse, ma sœur, qui est le principal de vos dictes dépesches; que je suis bien aise de quoy, (comme vous m'escrivés par la vostre dernière), ses députés commancent à estre ouïs, et que ceux de l'aultre party s'acheminent pour y venir, affin de bientost donner forme au traicté de ses affaires; sur lesquels, comme je vous ay souvant faict entendre, je desire que vous luy donniés, en mon nom, toute l'assistance qu'il vous sera possible, priant d'affection, de ma part, le plus courtoisement que vous pourrés, la dicte Royne d'Angleterre pour elle, ainsi que me mandés que le comte de Lestre vous a prié et conseillé; et que je m'asseure que vous sçaurés bien faire sellon mon intention, laquelle je vous ay cy devant escripte, et bien amplement faict entendre combien il importait à ma dicte sœur n'accorder que le Prince d'Escosse, son fils, feust mené en Angleterre, et que, tant s'en fault qu'elle et ses subjects doibvent jamais donner consentement à cella, qu'au contraire, s'il y estoit, elle et ses dictz subjectz auroient à regarder d'employer tous moyens pour l'en rettirer. En quoy il fault qu'accortement et sans bruict, ni que l'on cognoisse que cella vienne de vous, que vous fassiés, pour les raisons que je vous ay cy devant escrites et que vous sçaurés bien considérer et dire dextrement, que les depputés d'Escosse persévèrent et remonstrent que c'est chose qu'ils ne peuvent accorder.

Quand à la ligue que la Royne d'Angleterre demande estre expressément faicte par le dict traicté d'entre elle et la dicte Royne d'Escosse; encores que vous m'escriviés par vostre dicte dépesche, du XXIXe de l'autre moys, qu'elle vous aye dict qu'elle n'entend par là me faire préjudice, ains seullement faire que ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, ne luy puisse nuire à l'advenir; je vous diray aussy, pour ce que ce dict porteur m'a dict que vous desiriés d'en sçavoir encores ceste fois mon intention, que je ne veux, pour cella, que vous différiés de prendre garde que, en faisant le dict traicté, il ne se conclue chose qui contrevienne aux alliances et confédérations d'entre ceste couronne et celle d'Escosse; vous ayant expressément envoyé tous les principaux traités que j'ay fait extraire de ma cour de parlement, lesquels vous donneront assés de lumière et cognoissance de ce que vous aurés à faire pour mon servisse. Et si vous voyés qu'ils voullussent faire chose qui y aportast quelque altération, il fault que vous trouviés moyen, par quelque honneste occasion, de retarder la résollution qu'ils en voudroient prendre, et si ne le pouviés faire doucement, et que vissiés qu'ils voullussent passer oultre, protester d'infraction de tout ce qui pourroit estre faict contre noz dictz traités et alliances; et n'y intervenés plus, affin que vous ne prestiés aulcun consentement à chose qui me puisse nuire ou préjudicier, ni semblablement aux dictes alliances et traictés d'entre ceste couronne et celle d'Escosse, qui sont joinctes et alliées, de si longtemps, de tant bonne et grande amitié, faisant, au demeurant, tout ce qu'il vous sera possible, et en sorte que les articles et accords qui se passeront au dict traité soyent, le plus que faire se pourra, à l'advantage de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et au bien des affaires de son royaulme; ainsi que je vous ay tousjours escript et commandé d'y tenir la main; ayant bien considéré ce que m'escrivés des propos que vous a tenus le comte de Lestre, sur l'ouverture de la démonstration de bonne intelligence, en quoy la dicte Dame, Royne d'Angleterre, désire demeurer avec moy, qui semblent estre affin que l'on ne pense que ce qui sera faict en cest endroict pour ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, par icelle Royne d'Angleterre, ne soit pour craincte qu'elle aye de secours et assistance que je pourrois donner à ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et à ses bons subjects, mais seullement pour l'honneste respect et faveur qu'elle me veult porter. Dont je suis bien aise, et desire que vous continuiés à luy user tousjours du mesme honneste langage que je vous ay cy devant escript que vous luy debviés tenir, qui est de vous fonder principalement sur les anciennes alliances de ces deux royaulmes, et encore davantage pour la proximité en laquelle me touche ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, qui vous donne assés d'occasion de presser cest affaire, mais vous aurés à vous conduire de telle sorte que cella ne nous puisse mettre à la guerre, ainsi que j'ay donné charge à ce dict porteur vous dire de bouche.

Et à ceste occasion, il sera bon d'admonester tousjours ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre, de ce qu'elle a si expressément promis, et que vous m'avés escript: qui est que, quand bien il ne se pourroit rien traicter par ceste négotiation, que, en quelque sorte que ce soit, elle remettroit ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, en liberté avec ses bons subjects; dont sur cella, il lui fault faire toute instance: car, puisqu'elle l'a ainsi promis, elle n'en sçauroit prendre nulle mauvaise occasion.

N'y ayant plus au reste de vos dépesches à vous respondre si n'est que le sieur Setton n'est poinct passé ici, que j'aye sceu. Et, pour ce, je vous prie ne faillir de regarder soigneusement à descouvrir s'il a rien faict et résollu aultre chose avec le duc d'Alve que pour le faict de l'emprumpt de dix mille escus que me mandés, et aussi qui est le gentilhomme qu'a dernièrement envoyé le dict duc d'Alve en Escosse, oultre les deux aultres qui y avoient esté cy devant par son commandement; et surtout, s'il est possible, il faut apprendre pour quelle occasion ces voyages si fréquents se font, car, si c'est pour entreprendre quelque chose de ce costé là ou en Irlande, je désire bien d'en estre adverti d'heure, et bien certainement. Il est vray qu'il n'y a pas grande apparance que le Roy d'Espaigne ni le dict duc d'Alve y entreprennent; toutesfois il faut, s'il est possible, que vous vous esclercissiés tellement en cessy que en puissiés sçavoir quelque chose par les gens de l'esvesque de Ross ou aultres. Et sera bon aussy que soubz main vous fassiés enquérir, mais par personnes que l'on ne puisse penser que vous leur en ayés donné charge, que sont devenus les Bretons que me mandés que l'on dict de dellà qui ont esté du dict costé d'Irlande, où ils ont relasché, et qu'ils sont devenus; et aussi ce que l'on en dict à la cour d'icelle Royne d'Angleterre et comme vont ses affaires de ce costé là;

Vous voullant bien assurer, sur ce que vous a dict mon cousin le cardinal de Chastillon, se complaignant à vous comme s'il ne jouissoit point encore des bénéfices que j'ay donné ordre, ainsi que ses gens luy peuvent avoir dict et escript, qu'il ne luy en est, ni ne luy en sera pas, rettenu un seul liart de revenu, ni semblablement à tous les aultres bénéficier, estans de la religion. Et a l'on en cela si bien suivi et acheminé l'exécution de mon dict édict qu'ils n'ont, ce me semble, aulcune occasion de se plaindre, leur faisant si dilligemment, et à toutes heures qu'ils requièrent quelque chose, quand elle est de justice, promptement satisfaire; et ay, oultre cella, délibéré de tenir si roide la main, non seulement au faict des dicts bénéfices, mais aussy à tous les aultres poinctz de mon dict édict de pacification, que je suis bien asseuré que les uns ni les aultres n'auront aucune cause de s'en plaindre.

Ce me feust plaisir d'avoir été adverti par vous de l'arrivée du Sr de Walsingam, quelques jours avant qu'il feust ici. Je l'ay, depuis quattre jours, veu avec le sieur Norris, m'ayant le dict sieur de Walsingam apporté lettres de ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre, sa Maistresse, comme aussi fit il à la Royne, Madame ma mère; par les quelles ma dicte sœur révoque le dict Sr de Norris et introduit en son lieu le dict Sr de Walsingam, qui véritablement nous a tenu, et aussy à mon frère le Duc d'Anjou, à chascun particulièrement, de la part de la dicte Royne, sa Maistresse, infinis honnestes et agréables propos. Aussy n'avons nous pas, Ma dicte Dame et Mère, et moy, ni mon dict frère, manqué de luy répondre de mesme, l'asseurant bien qu'en tout ce qu'il aura à négotier et à faire pour ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre, auprès de nous, qu'il sera tousjours fort cordiallement et vollontiers veu et ouï, de sorte que, sur cella, il a promis de se bien comporter en sa charge, durant laquelle il espère fortiffier, plustot que diminuer, la commune amitié d'entre sa Maistresse et moy.

Je suis bien aise des hacquenées que vous me mandés que le comte de Lestre a faict enharnacher et partir devant le milord de Boucaut, auquel je fairay toute la bonne chère qu'il peut désirer, et me revancheray des hacquenées. Mais je suis bien marry qu'il ne verra pas, comme je pensois, les triomphes qui se feussent faict, si la santé de la Royne, ma femme, eust peu permettre qu'elle eust esté sacrée, et faict son entrée; mais estant encores malade, et ne voyant pas qu'elle puisse estre si tost du tout guérie et bien forte, aussy qu'elle est en doubte d'estre grosse, j'ay résollu que son dict sacre et entrée se fairont une aultre fois; et moy seullement fairay mon entrée, sans grande cérémonie, le premier dimanche de caresme prochain, Dieu aydant.

Et pour ce que le dict Sr de Sabran, présent porteur, vous dira comme je reçois très grand contentement du bon debvoir que vous faictes à mon servisse, je ne vous en diray davantage, si n'est pour vous asseurer que, se présentant pour vostre bien et avancement quelque bonne occasion, je vous en grattiffieray d'aussy bon cœur que je prie Dieu, Monsieur de La Mothe Fénélon, qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.