Au chasteau de Bouloigne, le XXIXe jour de janvier 1571.
Monsieur de La Mothe Fénélon, despuis ceste lettre escripte, le sieur Norris, se délibérant de partir dans deux ou trois jours pour s'en retourner en Angleterre, est venu prendre congé de moy, m'ayant tenu bien fort honneste langage de ses desportements, pendant qu'il a esté icy. Sur quoy je n'ay pas failli de luy respondre de mesme, de sorte qu'il s'en va bien fort content, et ne doubte pas que, oultre la lettre que j'escripts par luy à la dicte Royne, sa Maistresse, pour respondre à celle que m'a apportée d'elle le Sr de Walsingam, il n'asseure bien sa dicte Maistresse de la bonne et affectionnée vollonté que j'ay à l'entrettènement de nostre bonne et commune amitié; et qu'à son retour de delà il ne fasse, cognoissant que c'est le bien du servisse d'elle, tout ce qu'il pourra pour l'entretenir aussi en pareille bonne vollonté; car il montre bien fort la desirer. Ainsi je luy ay faict faire un présent de vaisselle d'argent jusques environ douze cens escus, comme l'on a accoustumé.
Au chasteau de Bouloigne, le 1er jour de febvrier 1571.
CHARLES PINART.
LXXIII
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
(Lettre escrite de la main de la Royne.)
du IIe jour de febvrier 1571.—
Déclaration confidentielle et secrète faite par Catherine de Médicis à l'ambassadeur que le duc d'Anjou a formellement annoncé qu'il ne voulait pas épouser Élisabeth.—Regret que cette détermination inspire à la reine-mère.—Moyens que l'on pourrait employer pour entamer une négociation nouvelle.—Proposition qui pourrait être faite pour le duc d'Alençon.—Recommandation du plus profond secret sur cette communication.
Monsieur de La Mothe Fénélon, après avoir entièrement dépesché ce porteur, je l'ay renvoyé quérir pour luy bailler ceste lettre, laquelle n'est que pour vous faire entendre ce que je n'ay voulleu fier ni à secrettaire, ni à personne que à moy mesme, et de ma main vous l'escrire; m'asseurant que vous conduirés ce faict si secrettement et dextrement qu'il ne nous apportera nul inconvéniant, comme je craindrois, si la Royne d'Angleterre pensoit estre desdaigniée ou méprisée, et que cella feust cause de nous mettre en quelque guerre ouverte, ou qu'elle nous la fist soubs main, comme elle a faict jusques ici.