Cavalcanti a grand envie que toute la négotiation luy tombe entre les mains tout seul. Je luy en ay donné espérance, car je n'ay voulleu malcontenter personne, de peur que, se voyant méprisé, il eust moyen de nous y nuire. Vous parlerés à luy, et luy dires le contentement que nous avons de luy, et que, si cecy va en avant et sans longueur, nous ne serons pas mescognoissans.

Ce porteur vous dira comment j'ay parlé au secrettaire, et les propos qu'il m'a tenu; et, m'en remettant sur luy, je fairay fin à la présente; priant Dieu, etc.

De Paris ce IIe jour de mars 1571.

Vostre bonne amye. CATERINE.

LXXVIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

du VIIe jour de mars 1571.—

Négociation concernant Marie Stuart.—Présens reçus par le roi.—Gratifications données à ceux qui les ont apportés.—Remerciemens pour Élisabeth.—Assurance que le roi ne prêtera la main a aucune entreprise contre l'Angleterre.—Recommandation en faveur de la reine d'Écosse pour que la liberté lui soit rendue.

Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys ma dernière dépesche, j'ay receu les vostres des XVIIe et XXIIIe jours du moys passé[87]: l'une, faisant principalement mention du faict du Prince d'Escoce; l'aultre, contenant les discours qui se sont tenus entre la Royne d'Angleterre, Madame ma bonne sœur, et vous sur ce que je vous escrivis par Sabran, et encores despuis en ma subséquente dépesche.

Par la première de vos dictes lettres, j'ay veu le bon chemin que vous aviés tenu pour disposer accortement les dépputés de la Royne d'Escosse, ma bonne sœur, à ne consentir que le dict Prince, son fils, feust amené en Angleterre. J'ay veu aussy ce que vous avés descouvert du pouvoir qu'ils ont là dessus, et comme vous jugés qu'ils seront pour faire peu d'empeschement et de résistence en cella. Dont, à ce que m'escrivés, vous estes en peyne, et desirés sçavoir quel aultre remède s'y pourra trouver. A quoy je ne vous puis dire aultre chose, sinon que vous employés tout ce que vous pourrés de prudence et dextérité pour les divertir de consentir à ce poinct là, ainsi que je vous ay bien amplement faict entendre par mes précédentes dépesches; lesquelles vous suivrés, tant pour ce regard que pour ce que vous verrés toucher à mon service, au traicté qui se faira entre les depputtés des dictes deux Roynes et ceux de l'autre parti.