Et, par vostre aultre lettre, j'ay veu et ay esté bien ayse d'entendre ce que vous m'escrivés de la déclaration que la dicte Royne d'Angleterre vous a faicte de vouloir persévérer en nostre amitié; de la satisfaction, qu'elle a, de l'honneste congé que j'ay donné au sieur de Norrys, et du bon recueil que j'ay faict au sieur de Walsingam, et pareillement de l'honneur qu'elle a entendu qui a esté faict au milord Boucaust, auquel j'ay faict présent d'une chaisne de mille escus; à l'escuyer de la Royne d'Angleterre, qui m'a présenté les six hacquenées que sa Maistresse m'a envoyés, d'une aultre chaisne de quattre cens éscus; à celluy du comte de Lestre, qui m'a amenés les deux hacquenées qu'il m'a envoyées, d'une aultre cheisne de deux cens; à un gentilhomme des leurs, qui m'a présenté les dogues, je luy ay pareillement donné une chaisne de deux cens escus, m'asseurant qu'ils sont si bien édiffiés de moy et de mes subjects qu'ils en raportent tout contentement. Il sera bon que vous sçachiés, si vous pouvés, ce qu'ils en diront à la Royne, leur Maistresse, à leur arrivée par dellà, et aussy de ma dicte entrée.
Cependant, encores que, par lettres séparées que j'escris par le dict milord Boucaust, je remercie la dicte Royne de ce qu'elle m'a envoyé une si honnorable ambassade pour se conjouir de mon heureux mariage, si, ne laisserés vous de la remercier encore de ma part bien à propos, et aussy du présent qu'elle m'a faict des dictes six hacquenées, que j'ay trouvées belles, bien fresches et bien enharnachées; et l'asseurerés que je me revancheray, quand il se présentera occasion que je sçauray qu'elle desirera quelque chose des commodités de deçà.
J'ay, au demeurant, esté bien aise de voir, par vostre dicte dernière dépesche, que la dicte Royne d'Angleterre ait prins à grande satisfaction ce que vous luy avés dict pour le faict d'Irlande, et asseuré que je n'avois sceu ni entendu qu'il s'y fist aulcune entreprise par mes subjects, chose véritable, et que, toutes et quantes fois qu'il viendra à propos d'en parler, vous luy pourrés confirmer, trouvant que vous avés fort sagement respondu à la dicte Royne sur ce qu'elle vous a dict avoir entendu que mon cousin le cardinal de Lorraine, le Nonce de Nostre Sainct Père et l'archevesque de Glasco ont proposé à mon frère le duc d'Anjou; et suis bien aise que vous l'ayés laissée en ceste bonne opinion de moy, de la Royne, Madame ma mère, et de mon dict frère le Duc d'Anjou, de laquelle elle ne se trouvera jamais trompée; satisfaisant de sa part à ce qu'elle m'a promis pour la liberté de ma dicte sœur, la Royne d'Ecosse. Dont je vous prie la solliciter incessament; et, pour y parvenir, faire qu'il soit procédé au dict traicté le plus diligemment qu'il sera possible, pour lequel vous vous conduirés en sorte que ce soit sans jalousie d'aulcuns des partis, comme je suis seur que vous sçavés bien faire, sellon vostre prudence accoustumée. Et, n'y ayant, au reste de vos dictes dépesches, chose pour laquelle vous ayés besoin de responce, je finirai la présente; priant Dieu, etc.
Escrit au fauxbourg St Honoré, le VIIe de mars 1571.
CHARLES. PINART.
LXXIX
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
du Xe jour de mars 1571.—
Affaires d'Écosse.—Négociation du traité concernant Marie Stuart.—Détermination prise par le roi de ne point envoyer de secours en Écosse, afin d'éviter tout prétexte de rompre la négociation.
Monsieur de La Mothe Fénélon, despuis la dépesche de Vassal j'ay advisé qu'il demeureroit ici jusques après mon entrée, que je fis en ma ville de Paris le VIe de ce moys; affin que, oultre le discours que j'ay commandé au secrettaire Pinart de dresser pour vous l'envoyer, comme je fais, il vous en peust parler particulièrement; et, sur son départ, j'ay receu vostre dépesche du premier jour de ce moys[88], ayant par icelle veu ce que me mandés du voyage faict par Me Prestal, l'un des fugitifs d'Angleterre, en Escosse, et l'occasion d'icelluy, qui est conforme à ce que le sieur de Fourquevaux m'escript d'Espaigne. Sur quoy je vous diray qu'il fault que vous fassiés tousjours ce que vous pourrés pour estre adverti de ce qui se voudra exécutter en cella, et m'en donner advis, vous comportant aux choses qui sont entre le Roy Catholique, le duc d'Alve et la dicte Royne d'Angleterre, et ses subjects, comme je vous ay ci devant escript en chiffre.