J'ay veu pareillement ce que me mandés qu'avés entendu que la comtesse de Northomberland et milord Dacres ont dépesché un nommé Hervé en Espaigne pour moyenner le mariage de la Royne d'Escosse avec dom Joan d'Austria, et que le duc de Norfolc y pourra prendre jallousie. Ce sera bien faict que vous en enquériés encores bien diligemment pour m'en donner advis, et que vous continuiés à me tenir adverti de tout ce qui se passe de delà avecque le mesme soin que vous avés tousjours accoustumé jusques icy, et dont j'ay tel contantement que sçauriés desirer.
Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, je ne veux oublier de vous dire, avant que finir ceste lettre, que le frère du comte de Rothes m'a faict dire que, pour l'affection qu'il a, de longue main, à mon servisse, et qu'il a tousjours eue à la Royne d'Escosse, sa souverainne, il desire que vous le cognoissiés et qu'il puisse parler quelquefois avec vous, pour ce qu'il a moyen de sçavoir beaucoup de délibérations de la Royne d'Angleterre, voire, ce qu'elle dict à ses plus secrects serviteurs, dont il vous advertira journellement. Et pour ce que c'est chose qui ne se doibt négliger, vous fairés fort bien pour mon servisse de l'ouïr parler et entendre ses moyens, sans toutesfois vous lascher à luy d'aulcune chose d'importance, car je ne le cognois sinon pour l'avoir veu ceste fois avec l'archevesque de Glasco qui m'a dict que ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, le cognoissant affectionné à elle, l'a envoyé icy avec les lettres qu'elle nous a escriptes par luy, pour la secourir de ce qui est cy dessus déclaré.
J'ay prié le sieur de Walsingam d'escrire à sa dicte Maistresse pour faire obtenir passeport au Sr de Glasco de pouvoir aller faire un petit voyage devers la Royne d'Escosse, ma sœur, pour luy faire entendre l'estat de son douaire et affaires de deçà; ce qu'il a aussy promis de faire, remettant au dict Sabran, présent porteur, le surplus de tout ce que je vous pourrois escrire, principallement pour vous dire comme la paix est, grâces à Dieu, bien establie en mon royaume, espérant qu'elle y continuera tousjours bonne. Vous en pouvés assurer ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre, quand elle vous en parlera; et que l'exemple a esté desjà et sera encores si bien faict des émotions qui ont été à Oranges, et à Rouen[95], que tout le reste de mes subjects y prendra exemple. Sur ce, etc.
Escript à Gaillon le XXIVe jour de may 1571.
CHARLES. PINART.
LXXXV
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
(Lettre escripte de la main de la Royne.)
du XXIVe jour de may 1571.—