S'il vous plaisait en dansant!
Si les enfants aujourd'hui veulent essayer de s'en amuser encore, ils peuvent fabriquer des pantins eux-mêmes avec du carton blanc ou peint, en rattachant les membres avec des bouts de fil, de manière qu'ils aient de la flexibilité, et leur donnant le mouvement avec d'autres longs bouts de fil ou de soie noire. Si on les fait mouvoir en se tenant un peu dans l'ombre et en ayant devant soi un vêtements de couleur foncée, il semblera que les petites figures s'agitent toutes seules, surtout si on rattache tous ces longs fils à une canne que l'on tient dans une position horizontale au-dessus du pantin et sur laquelle on promène ses doigts d'une manière presque invisible. Avec un peu d'habileté, l'illusion sera complète.
LE PARACHUTE.
Les jolis objets qu'on appelle parachutes sont une invention moderne, et ils ont eu l'heureux privilége d'être aussitôt adoptés par tous les enfants, petits et grands, jeunes filles et jeunes garçons. On sait qu'ils sont formés d'un grand papier de soie coupé en rond, plié comme les feuilles d'un éventail et auquel sont attachés de distance en distance de longs brins de fil qui se réunissent en un noeud que l'on tient dans la main. On lance ce léger parachute plié, en le retenant par les brins de fil. Il se développe en l'air et retombe sous forme d'un parapluie ouvert, avec la molle lenteur des flocons de neige.
LA POUPÉE.
Nous n'avons rien à enseigner aux petites filles sur l'usage de la poupée. Elles le connaissent mieux que nous, dont les souvenirs sont déjà lointains; elles le pratiquent avec une conscience, une persévérance, une foi, si nous osons parler ainsi, qui renferme bien des mystères. C'est que la poupée est aussi un être mystérieux, un symbole, dont on comprend le sens mieux qu'on ne le définit. Il y a eu une poupée dès qu'il a existé une petite fille, et cette tradition s'est perpétuée avec la force des choses vraies et nécessaires. Elle a traversé les révolutions des peuples et des empires. Elle a résisté au temps aussi bien qu'une pyramide. A Thèbes, dans le tombeau d'une petite enfant morte il y a des milliers d'années, on a retrouvé une poupée faite en chiffons, comme celles que l'ont elles-mêmes les petites filles d'aujourd'hui.
La poupée n'est pas seulement un jouet, un amusement; elle est un besoin, elle est la réalisation des instincts féminins. La petite fille essaye sa vocation quand elle est en face de ce petit être passif, dans lequel elle reconnaît un enfant comme elle; enfant quelquefois méchant, quelquefois malade, souvent capricieux et envers lequel l'enfant véritable a des devoirs sérieux. Ses rapports avec cet être sont ceux d'un être supérieur qui a une tâche immense à remplir et les droits les plus illimités pour l'accomplir, en un mot, la tâche de la mère envers son enfant.
Si la petite fille entre bien dans l'esprit du rôle qu'elle crée à son insu et qui lui est inspiré par des événements dont elle est l'auteur, par une sorte de convention tacite avec elle-même, elle supposera à cette poupée, devenue son enfant, tous les sentiments qu'elle éprouve, ou ceux qu'elle a pu observer chez ses compagnes. Cette petite figure inerte, qui gisait dans un coin, est relevée par un être intelligent, et à l'instant commence une scène animée par le jeu des passions. La poupée est volontaire; sa mère de dix ans lui enseigne que l'opiniâtreté et les caprices sont des défauts devant lesquels l'autorité maternelle ne doit pas plier, et moitié par le raisonnement, moitié par la sévérité, quelquefois par des corrections dont elle n'a pourtant pas reçu l'exemple, elle finit par dompter un caractère rebelle. La poupée est sage et raisonnable, on lui prouve par des caresses et des récompenses qu'elle doit n'avoir rien plus à coeur que la satisfaction de sa mère. La poupée est dolente; sa mère s'émeut; elle l'interroge avec inquiétude; elle s'aperçoit que son enfant souffre. Alors commence pour elle la pratique des devoirs les plus tendres, des soins les plus dévoués, et quand l'enfant s'endort d'un doux sommeil, la mère se repose aussi, demande du silence autour d'elle et conserve longtemps la trace des pensées sérieuses qui viennent d'occuper son esprit.