Saint-Jean est un beau havre pouvant recevoir deux cents vaisseaux. Son entrée est de la largeur d'une portée de fusil; elle est dominée par deux montagnes très hautes, avec une batterie de huit canons. Outre cela, il y avait trois forts, comme nous l'avons vu plus haut.

Les fermes, qui suivirent la destinée du fort, étaient au nombre de soixante et occupaient une demi-lieue le long de la rade.

Comme on ne pouvait occuper cette ville, il fallut démolir les forts et brûler les habitations. On conserva quelques maisons pour le soin des malades qu'on ne pouvait transporter.

Le bruit de cette prise se répandit dans toutes les stations anglaises, et y mit la plus grande consternation.

Après cet exploit, M. de Brouillan, se trouvant accablé de fatigue, se décida à retourner à Plaisance, laissant à d'Iberville tous les honneurs et les soucis de l'expédition.

«Le 23 décembre, après ma messe, dit M. Beaudoin, étant auprès du feu, avec M. d'Iberville, M. de Brouillan vint lui dire qu'il était incapable de le suivre dans les voyages sur la neige, telle que doit être la guerre qu'il a eu à faire tout l'hiver, et qu'il veut ramener son monde à Plaisance par le chemin que d'Iberville avait suivi pour venir à Rognouse. M. d'Iberville, voyant qu'il paraissait accablé de fatigue et excédé de tous les mécomptes qu'il s'était attirés par sa faute, ne tenta point de le dissuader, et lui fit ses adieux dans les meilleurs termes. M. de Brouillan partit alors à travers les neiges, qui étaient très hautes, ayant avec lui quatre Canadiens qui devaient lui battre le chemin.»

On était arrivé à la fin du mois de décembre.

Avant de se remettre en marche, M. d'Iberville prit soin de faire célébrer la grande fête de Noël à ses Canadiens, qui étaient aussi fervents chrétiens qu'intrépides combattants. Il y eut solennité religieuse, grâce à la présence de M. Beaudoin, et du Père Simon qui l'assistait: messe de minuit, grand'messe du jour avec fanfares et sonneries des clairons, coups de canons et pièces d'artifices. C'est ainsi que l'on arriva au mois de janvier 1697.

D'Iberville, qui avait conservé tous ses hommes, se disposa a continuer sa marche au nord. Il envoya en avant de Montigny, qui s'empara de deux stations importantes; Kividi et Portugal Cove. Il sa saisit aussi d'une chaloupe qui venait de Carbonnière, et il fit cent prisonniers.

Pendant ce temps, un autre lieutenant de d'Iberville, M. de La Perrière, s'empara de Tascove et du cap Saint-François, à l'extrémité de la baie de la Conception. D'Iberville suivait avec le corps principal; il prit 80 chaloupes, et se rendit maître de 35 lieues de pays sur le coté sud de la baie de la Conception.