Après avoir réuni tout son monde, il se disposa à occuper l'autre côté de la baie; mais avant de partir, il fit fabriquer des raquettes pour ses gens. Depuis plusieurs jours la neige était tombée en si grande quantité que les sauvages disaient n'avoir jamais rien vu de semblable en Canada: elle atteignait dans les vallées jusqu'à vingt pieds de hauteur.

Nous n'avons pas besoin de décrire longuement les raquettes dont les Canadiens avaient tiré tant d'avantages dans leur expédition de la baie d'Hudson. On les nommait ainsi parce qu'elles avaient à peu près la forme des raquettes du jeu de paume, seulement, elles étaient plus grandes. On les attache sous le pied avec une double courroie qui Part du centre de la raquette et qui fixe le pied très solidement. Avec cet appareil, un homme exercé peut franchir les neiges les plus épaisses sans enfoncer, et avec une singulière rapidité.

On partit le 18 janvier, de Montigny marchant toujours en avant; et deux jours après, grâce aux raquettes, on arriva à trente lieues de distance, sur la côte nord, près du fort de Carbonnière et en face de l'île du même nom. C'est là que se trouvait l'une des stations les plus importantes des Anglais.

On navigua plusieurs jours en vue de l'île, en attendant un moment favorable pour débarquer.

Le chevalier s'empara d'abord de plusieurs chaloupes des habitations voisines, et les mit aussitôt en bon état.

Après plusieurs tentatives, on vit qu'il fallait renoncer à cette expédition. L'île était inabordable; toute la côte est revêtue de rochers à pic d'une grande hauteur; le seul endroit au niveau de l'eau est entouré d'une batture qui est pleine de périls pour les embarcations, et qui n'est accessible qu'aux pilotes de l'île.

Voyant ces difficultés, le chevalier ne perdit pas son temps. Il débarqua ses troupes sur la terre ferme, et, au bout de quelques jours, les Français s'étaient emparés de toutes les stations qui occupaient le nord de la baie de In Conception.

Le chevalier commença par le Havre-de-Grâce, l'un des plus anciens établissements des Anglais. Il y trouva 100 hommes et 7,500 quintaux de morue, et des bestiaux en grande quantité. On prit ensuite Porte-Grave avec 116 hommes et 10,000 quintaux de morue; Mosquetti, le poste de Carbonnière, en terre ferme, avec 220 hommes et 22,500 quintaux de morue; New Perlican, Salmon Cove et Bridge, avec 70 hommes et 6,000 quintaux de morue. Après quoi, M. d'Iberville, se dirigeant dans le nord, arriva à la station de Bayever, dont il s'empara. Là, il fit 80 hommes prisonniers et prit 11,000 quintaux de morue. Deux lieues plus haut, à Colicove, il trouva encore un grand nombre d'animaux.

Il y avait là des fermes magnifiques, et plusieurs fermiers possédaient des cent mille livres de capital. Les habitants, fuyant à son approche, s'étaient réfugiés au Havre Content, situé à l'extrémité nord de la baie suivante, nommée la baie de la Trinité. M. d'Iberville s'y rendit aussitôt et obtint que l'on capitulât. Quatre-vingts habitants, venus de différents points, s'y trouvaient avec leurs femmes et leurs enfants.

Au Havre Content, M. Deschauffours, gentilhomme acadien, fut établi avec dix hommes de garnison.