Il plut extraordinairement les deux jours suivants, et si abondamment que les eaux de la baie devinrent douces, fait incroyable et cependant réel.
Le 4 mai au matin, on leva l'ancre par un vent du sud-sud-ouest. Au 20 mai ils étaient devant l'île de Cuba, à Matanzas, à dix lieues est de la Havane, et le 23 ils arrivèrent au cap de la Floride.
Le 23 mai, samedi, M. de Surgère avait rencontré trois vaisseaux anglais qui, les prenant pour des forbans, firent mine de tirer sur le Marin. «Ils auraient été bien accommodés s'ils avaient commencé», dit M. de Surgère, qui ne doutait de rien; mais, reconnaissant des vaisseaux français, ils leur firent mille amitiés.
«Ensuite, ils voguèrent de conserve avec nous, et cela heureusement, car ils connaissaient les îles de l'entrée du golfe et ils pouvaient passer le Gulf-Stream, que nous ne connaissions pas.
«Ayant débarqué au golfe le 26 mai, nous remerciâmes Dieu et nous quittâmes les Anglais, car nos frégates allaient mieux que les leurs.
«Nous suivions l'est-nord-est, nous dirigeant vers la France. Nous allions du trentième degré au quarante-cinquième. Là, nous avons été assaillis par une tempête épouvantable; les matelots n'en pouvaient plus. On voulut jeter les canons à la mer, mais on n'osa les déplacer, de peur d'enfoncer le vaisseau. Nous pouvions nous croire à notre dernière heure.
«La Badine n'eut pas les mêmes épreuves, nous ayant devancés.
«Le 1er juillet, arrivée à Chef-de-Bois, puis à l'île d'Aix; et le 2 juillet, entrée dans le port de Rochefort, où nous retrouvâmes la Badine.»