M. de Tonty, ayant vu les premiers fruits de l'entreprise, reçut une mission particulière. Il devait aller jusqu'aux Illinois, chargé des présents de M. d'Iberville pour concilier les indigènes aux enseignements de M. Davion.
Le 24 mars, M. d'Iberville, revenant vers Bayagoulas, rencontra M. Lesueur, son cousin, qui avait terminé ses préparatifs, et qui allait remonter jusqu'aux chutes Saint-Antoine. Il avait avec lui le sieur Pénicaud, maître charpentier, qui a écrit la relation de cette entreprise. Nous en citerons quelques détails.
Le 25 au matin, M. d'Iberville se dirigea vers Bayagoulas avec son frère de Châteauguay, tandis qu'il envoyait M. de Bienville passer quelques semaines dans les régions de l'Ouest. C'était d'abord son dessein de faire lui-même cette excursion, mais son malaise étant devenu plus grand, il lui fallut confier cette mission à son frère. Il continua son retour en canot, avec deux hommes et le jeune de Châteauguay.
M. d'Iberville, malgré la fièvre qui le tourmentait toujours, et malgré les douleurs qui l'empêchaient de marcher, passa tout ce mois à sonder les passes, à examiner les sites pour les établissements futurs. Enfin, il put recueillir bien des renseignements de la part des sauvages qu'il rencontra.
Il apprit ensuite que des nations sauvages avaient quitté leur position au nord pour s'établir dans un climat plus favorable au sud. Entre autres, il en était ainsi des Tuscaroras, une des cinq nations iroquoises établies près du lac Ontario, qui avaient quitté leurs foyers depuis quelques années, attirés par la douceur du climat du sud, et qui étaient venus se fixer dans la Caroline, et cela, paraît-il, lui suggéra des idées pour l'avenir. Par une disposition particulière, les pays du sud qui étaient les plus doux et les plus fertiles étaient les moins peuplés, et les populations les plus nombreuses étaient au nord. Du golfe du Mexique jusqu'à l'entrée du Missouri, on comptait une vingtaine de petites nations, et ces nations n'étaient composées que de quelques familles, 30 ou 40, et pas davantage.
Pour exploiter tous ces pays, il aurait fallu que les nations du Nord qui sont très nombreuses, comme les Sioux, les Ottawas, les Illinois, fussent déterminées à descendre dans la proximité du golfe, ce qui serait d'un immense avantage pour eux et pour les Français qui voudraient traiter avec eux.
Cette idée, si étrange qu'elle puisse paraître, était déjà venue à plusieurs de ces nations, même les plus sauvages, et, comme nous l'avons dit, les Tuscaroras étaient établis dans la Caroline.
Le 18 du mois de mai, comme il avait été convenu, M. de Bienville, qui avait été en excursion à l'ouest du Mississipi, revint à Biloxi. Il avait fait peu de chemin, et avait rencontré peu d'indigènes. A cette époque de l'année, la fonte des neiges faisait déborder toutes les rivières affluant au Mississipi, qui sortait de ses rives. L'on pouvait à grande peine remonter la force des courants, et l'on ne pouvait aborder, parce, que toutes les côtes étaient submergées à une grande distance. M. de Bienville avait donc peu de renseignements à fournir à son frère.
Le 19 de mai, M. de Montigny et M. Davion arriveront avec deux chefs sauvages des Natchez et des Tonicas.
M. de Montigny était tellement accablé de fatigue, qu'il crut devoir demander de repasser en France. Il pouvait utiliser son voyage en demandant des prêtres à la maison des Missions étrangères à Paris. On pensait néanmoins qu'il était déjà découragé du peu de succès qu'il y avait à espérer parmi ces populations légères et dépravées du Sud.