Nommé gouverneur, M. de Bienville s'empressa d'exécuter le projet qu'il avait depuis longtemps d'établir le centre de la colonie à l'extrémité du delta. Il lui donna le nom de Nouvelle-Orléans, en l'honneur du duc d'Orléans, régent du royaume de France. La nouvelle compagnie d'Occident éleva Bienville au commandement général de la Louisiane. Il fut secondé dans son oeuvre par ses frères, les messieurs de Longueuil, qui devinrent successivement gouverneurs de Montréal et de la Nouvelle-France.

Pendant ce temps la colonie se développait. Plusieurs des anciens compagnons de d'Iberville venaient s'y établir chaque année. On voyait y arriver des gens de Montréal, Québec et autres villes.

En 1724, M. de Bienville fut mandé à Paris pour donner des explications sur sa conduite. Il reçut sa démission par suite des rapports calomnieux qui avaient été faits contre lui par des ennemis de la famille de Longueuil. Cinq ans après, en 1731, il fut rétabli dans son commandement; puis ayant terminé son oeuvre, il passa en France, en 1760.

Comme nous l'avons dit en commençant, la France possédait à ce moment presque toute l'Amérique du Nord. Ses possessions, d'une superficie de plus de trois cent mille lieues carrées, s'étendaient de l'océan Atlantique à l'océan Pacifique, et de la baie d'Hudson au golfe du Mexique. Les plus beaux et les plus grands fleuves du monde: le Saint-Laurent, l'Ohio, le Missouri, le Mississipi s'y trouvaient; on y voyait des lacs grands comme des mers: les lacs Érié, Ontario, Huron, Michigan, Supérieur. Nous avons vu toute la part que M. d'Iberville eut à ces merveilleux résultats.

Cette contrée est douée des ressources naturelles les plus diverses et les plus abondantes; ses habitants sont actuellement au nombre de plusieurs millions. Aussi peut-on facilement comprendre la perte immense que fit la France en ne prenant pas les mesures nécessaires pour conserver cet immense territoire, dans lequel elle aurait pu créer un empire d'une incalculable richesse: une France d'outre-mer qui eût imprimé le sceau de son génie sur ce continent.

Quand le sort des armes eut trahi le drapeau des Français, qui luttèrent avec une indomptable énergie, et qui ne succombèrent que sous le nombre, le pays tout entier fut conquis par B'Angleterre. Son gouvernement s'était solennellement; engagé à, respecter tous les droits et privilèges des familles françaises. Néanmoins, beaucoup de ces familles ne voulant pas rester sous la domination des Anglais, émigrèrent sur la rive gauche du Mississipi pour se trouver sur une terre française. Là, ces familles fondèrent les établissements de Saint-Louis, Saint-Ferdinand, Carondelet, Saint-Charles, Sainte-Geneviève, Nouvelle-Madrid, Gasconnade.

Ce mouvement d'émigration vers le nord-ouest se continua, et par suite, les Franco-Canadiens fournirent les premiers groupes de colons de la plupart des États de l'Ouest et de la Rivière-Rouge. Ne s'arrêtant que sur les bords de l'océan Pacifique, ils jetèrent le germe des établissements de Vancouver et de l'Orégon.

Nous les trouvons aussi dans le Nord-Ouest canadien et jusqu'à la baie d'Hudson. La plupart sont dispersés dans les terres, où ils trafiquent avec les indigènes. Des centres qui deviendront vite prospères se sont formés au fort Edmonton, au lac Sainte-Anne, au lac La Biche.

Les Canadiens-Français sont déjà nombreux au Manitoba; ils se sont groupés à Saint-Boniface, à Saint-Norbert, à Sainte-Agathe, à Saint-François-Xavier, à Saint-Laurent.

Dans d'autres États, on rencontre aussi des Canadiens: il y en a dans l'Ohio, l'Iowa, le Dakota, le Montana, le Colorado, l'État de Washington, le Kansas, l'Arizona, le Nouveau-Mexique.