Dispersés sur un immense territoire, entourés de populations de races différentes, les Canadiens-Français ont conservé leur religion. Dès qu'ils ont pu se rassembler et former des établissements, ils ont demandé des prêtres et ont élevé à leurs frais des temples au Seigneur. La plus grande partie d'entre eux ont conservé comme un trésor précieux leur langue et leurs habitudes nationales.

En 1864, M. E. Duvergier de Hauranne se trouvait dans le Minnesota. «Ce pays, dit-il, est plein de Français. Quelques-uns viennent de la mère patrie, la plupart ont émigré du Canada par les grands lacs. Quand je ne les aurais pas reconnus à, leur langage, leurs plaisanteries, leurs danses, leur gaieté invincible à la fatigue me les auraient désignés.»

«La France a été, jusqu'au milieu du 18e siècle, une des plus grandes puissances coloniales du monde, et l'Espagne seule pouvait lui disputer la prééminence. En effet, au commencement du 18e siècle, elle possédait toute l'Amérique du Nord jusqu'au Mexique sur l'océan Atlantique, et jusqu'à la Californie sur le Pacifique. Le golfe Saint-Laurent, le Canada, les lacs intérieurs, tout le bassin du Mississipi, le Nord-Ouest, l'Orégon et tous les territoires au nord de la Californie et du Mexique, lui appartenaient et formaient deux provinces immenses: le Canada et la Louisiane. Elle avait dans les Antilles plus de la moitié de Saint-Domingue, Sainte-Lucie, la Dominique, Tobago, Saint-Barthélémy, et enfin la Martinique et la Guadeloupe, faibles débris qui lui sont restes de tant de colonies.

«De toutes ces possessions, la plus précieuse était le vaste empire dont elle avait jeté les fondements au nord et à l'ouest de l'Amérique, et qui lui eût assuré une prépondérance incontestable dans le inonde entier.»

Malheureusement, les systèmes erronés, les fausses idées qui présidèrent alors à la direction de ses colonies, firent végéter ces établissements, tandis que ceux des Anglais prospéraient à côté des siens. Mais l'insouciance, l'incapacité de la cour les laissèrent exposés sans défense aux attaques de voisins qui, dix fois plus nombreux que ces malheureux colons, les écrasèrent un dépit d'une résistance énergique.

Ce fut donc sous le règne déplorable de Louis XV que succomba la puissance coloniale de la France: les Anglais lui enlevèrent, on 1763, tout le nord du continent américain. La même année, elle céda à l'Espagne la Louisiane et toutes les régions de l'Ouest, pour éviter de les abandonner aux Anglais, auxquels, dans le même temps, elle dut livrer la Dominique, Saint-Vincent, Tobago.

Ainsi s'accomplit la ruine de l'oeuvre de Richelieu et de Colbert, la ruine coloniale de la France.

Après cette ruine et après les désastres du premier empire, la France ne possédait plus que la Martinique, la Guadeloupe dans les Antilles, et la Réunion dans l'océan Indien; ajoutez les comptoirs de l'Inde, quelques établissements en Guyane et en Sénégal.

A peu près ruinées à la fin de l'empire, la Martinique, la Guadeloupe et la Réunion se sont rapidement relevées, et aujourd'hui, la France peut les mettre en parallèle avec les colonies les plus florissantes. Leur population est beaucoup plus dense que celle du continent européen. La Martinique a près de 160,000 habitants, et elle exporte, rien qu'en sucre, pour plus de 20 millions par an. La Guadeloupe compte 170,000 âmes, la Réunion plus de 180,000, et leurs productions sont supérieures à celles de la Martinique.

Il est à remarquer que par un phénomène rare, la langue et les moeurs de la France, ainsi qu'un ardent amour pour elles, se perpétuent dans celles des anciennes colonies qu'elle a perdues. Témoin, Madagascar; témoin aussi, le Canada. Voilà certes des résultats assez inattendus.