Déjà allait poindre l'aurore du jour de la fête de Perun, et ce jour-là devait avoir lieu le supplice de la princesse Zywila.
Soudain un fracas et un tumulte inattendus s'élèvent dans la ville; les citoyens les plus énergiques périssent en s'opposant à cette violente irruption; dominés par la crainte, les autres font leur soumission à l'ennemi.
Poray brise les portes de la prison et trouve, c'est honteux à dire, sa bien-aimée, pâle, à moitié morte, abandonnée sur une couche grossière dans un obscur cachot. A la vue de Poray, elle perdit connaissance.
On la transporta dans la rue pour la faire revenir à elle et rappeler ses esprits. On s'empressait autour d'elle, sans qu'elle sortit de son évanouissement; à ce spectacle, le peuple accourut; il y eut des plaintes et de grands cris: elle demeurait privée de sentiment. A la fin elle ouvrit des yeux reconnaissants et fut étonnée de voir le peuple en foule et des ennemis en armes. Poray s'approchant lui dit: « Bannis toute crainte, ma très-chère, ce sont les guerriers d'iwan, les vengeurs de nos offenses, dont la protection ne nous quittera plus. » A ces mots, Zywila fut près de s'évanouir de nouveau; soudain elle tira du fourreau le glaive de Poray et en dirigea la pointe contre sa poitrine avec tant de force qu'elle le transperça d'outre en outre. « Traître, s'écria-t-elle, la patrie était donc si peu de chose à tes yeux que tu l'as vendue pour un peu de cette beauté; homme sans honneur, c'est ainsi que tu m'as payée de mon constant amour! Et vous, citoyens, qui restez immobiles, comme si cela ne s'adressait point à vous, ne tournerez-vous pas contre ces brigands votre colère et vos vengeances? » En achevant ces mots, elle se jeta avec son glaive sur l'ennemi le plus proche: à cette vue, le peuple remué comme si on l'eût aspergé de flammes, et prenant ce qui lui tombait sous la main, courut avec des armes et des glaives sur les Ruthéniens qui ne s'attendaient à rien de semblable. On en extermina un grand nombre dans les maisons et dans les rues; on prit Iwan et l'on emprisonna le reste. Zywila accourut sur la terrasse où se tenait Koryat qu'on venait de délivrer: « Mon père! » s'écria-t-elle, et elle tomba sans vie.
On l'enterra au pied de la montagne de Mendog; à cet endroit on éleva un tumulus et l'on planta des arbres en souvenir. Les vieillards, en rendant grâce à Dieu tout puissant de ne pas les avoir livrés à la honte et aux moqueries de l'ennemi, répètent à leurs enfants le nom de Zywila.
FIN.
Paris.—Typ. Rouge fréres, Dunon et Fresné, rue du Four-St-Germain, 43.