Quant au reproche banal et qui ne peut être appuyé sur aucune preuve, que la musique de son nouveau Stabat convienne aussi bien au théâtre qu'à l'église, sachez que de tout temps ce reproche a été fait aux compositeurs qui ont également travaillé pour l'église et pour le théâtre, et que si ce défaut ne vous apparaît pas dans les compositions anciennes, c'est que les œuvres sacrées ont survécu aux œuvres profanes presque entièrement oubliées.
Peut-être serez-vous surpris d'apprendre qu'un des contemporains de Pergolèse, le père Martini, lui reprochait, à propos aussi de son Stabat, d'avoir fait une musique peu appropriée au sujet, et ressemblant entièrement à celle de la Serva padrona.
Effectivement, on trouve un système d'accompagnement tout à fait identique dans le verset Inflammatus et accensus, et un air de la Serva padrona, Stizzoso mio stizzoso.
Ici, le reproche est plus grave que celui qu'on adresse à Rossini, en qui vous trouveriez tout au plus une conformité de style entre le Stabat et Moïse ou Guillaume Tell, ou tel autre de ses ouvrages les plus sérieux; mais on ne s'est pas encore avisé de comparer son Stabat au Barbier de Séville ou à l'Italienne à Alger, tandis qu'un contemporain de Pergolèse établissait un parallèle entre son Stabat et un intermède bouffe.
Le Stabat de Pergolèse renferme sans doute quelques belles parties; mais, en général, cette composition m'a toujours paru fort au-dessous de sa réputation. Le premier verset, qui est peut-être le meilleur, n'est qu'une formule harmonique qui n'était déjà plus neuve à l'époque où Pergolèse écrivait ce morceau (1734). Cette marche de seconde se trouve textuellement avec la même base dans un intermède de Lully, composé en 1669.
Et savez-vous de qui sont les paroles de cet intermède? De Molière. Et quelles sont ces paroles? C'est le Buon di, que viennent souhaiter à M. de Pourceaugnac les deux médecins qui lui conseillent ce genre de rafraîchissement pour lequel il avait si peu de goût. Ainsi donc, le début d'un morceau religieux se trouve être le même que celui d'un duo grotesque. Il est plus que certain que Pergolèse ignorait entièrement l'intermède de Lully, mais cela prouve que la formule harmonique qui compose tout le premier morceau de son Stabat était loin d'être nouvelle à l'époque où il l'employa.
Le verset Quæ mœrebat est d'un rhythme sautillant qui ne s'accorde guère avec les paroles.
L'avant-dernier verset Quando corpus morietur est d'un beau caractère; il me semble cependant que le sens des paroles
Quando corpus morietur,
Fac ut animæ donetur