Hérold entra ensuite au Conservatoire dans la classe de M. Adam et remporta bientôt le premier prix de piano. Pour concourir il exécuta une sonate de sa composition; c'est la seule fois que ce cas se soit présenté. Il n'avait alors guère plus de seize ans. S'il eût embrassé cette carrière, il serait devenu un pianiste des plus distingués; il avait une facilité et une pureté d'exécution très-remarquables, et, quoiqu'il eût depuis bien longtemps renoncé à s'exercer, on rencontre dans ses ouvrages de piano des traits d'une extrême élégance, et qui décèlent combien il connaissait les ressources de cet instrument. Mais cette gloire ne lui suffisait pas, c'est à être compositeur qu'il aspirait.
Il prit des leçons de Méhul, et concourut à l'Institut. Le sujet de la scène était Mme de Lavallière, que Louis XIV veut enlever du couvent où elle s'est retirée. Les concurrents avaient trois semaines pour composer leur musique. La mère d'Hérold va pour le visiter à l'Institut, six jours après son entrée en loge; elle le trouve jouant à la balle dans la cour; sa tâche était terminée. Quelques instances qu'on lui fît, il ne voulut pas rester un jour de plus.
—J'ai été enfermé assez longtemps quand j'étais en pension, dit-il, à présent je veux respirer le grand air.
Il eut le premier grand prix, qu'il partagea avec M. Cazot.
Une des plus utiles prérogatives attachées au prix de Rome, était de vous arracher à cette funeste conscription qui décimait si cruellement nos familles à cette époque, que tant de gens font semblant de regretter. Hérold, âgé de moins de vingt ans, dut à ses succès d'éviter d'aller porter le mousquet sur les bords glacés de la Néva. Il partit pour Rome, où il ne séjourna que peu de temps; il vint ensuite s'établir à Naples. M. Adam, qui à Paris avait donné des leçons aux enfants du roi de Naples, fit obtenir à Hérold la place de professeur de piano des jeunes princesses. Aidé de cette royale protection, il fit représenter à Naples un opéra intitulé la Gioventu d'Enrico V. Le succès en fut immense. Comme je ne connais pas une note de cette partition, je ne pourrais vous assurer que le succès en fut entièrement dû à la musique; je crois bien que la préférence donnée alors à tout ce qui était français, y fut pour quelque chose.
Il était néanmoins fort honorable pour un musicien aussi jeune d'avoir un premier ouvrage joué avec succès dans la capitale d'un pays aussi musical que le royaume d'Italie. Mais ce beau titre de Français, auquel il était si redevable, faillit bientôt lui être fatal, lorsqu'eurent lieu les terribles événements qui bouleversèrent la face de l'Europe. Forcé de se cacher, de fuir, c'est à pied, et au milieu des plus grands dangers, qu'il alla se réfugier dans l'Allemagne, que nos revers, toujours croissants, le forcèrent bientôt d'abandonner.
De retour à Paris, il publia quelques morceaux de piano, empreints de ce cachet d'originalité que l'on remarque dans tous ses ouvrages. Il se fit aussi entendre plusieurs fois en public comme pianiste dans quelques concerts, entre autres à l'Odéon, où était alors le Théâtre-Italien. Il désespérait de pouvoir jamais se produire au théâtre comme compositeur, lorsqu'à l'occasion du mariage du duc de Berry, un auteur, M. Theaulon, présenta à l'Opéra-Comique un ouvrage de circonstance, intitulé Charles de France. Le soin d'en faire la musique fat confié à M. Boïeldieu, qui s'adjoignit dans cette tâche le jeune Hérold.
Quelle bonne fortune pour un jeune auteur de débuter sous les auspices d'un tel collaborateur! La musique de cet ouvrage eut un grand succès. Tout le monde se rappelle la délicieuse romance des Chevaliers de la fidélité, qui se trouvait dans l'acte de M. Boïeldieu. La part d'Hérold fut aussi remarquée, et M. Theaulon lui donna son poëme des Rosières. On trouve dans cette partition une grande fraîcheur d'idées, quoique l'orchestration fût un peu pauvre.
Le second ouvrage d'Hérold fut la Clochette. Cette musique, composée avec une extrême précipitation, ne valait peut-être pas celle des Rosières; cependant il y a déjà un grand progrès dans l'instrumentation. L'ouverture fut surtout remarquée, ainsi que le charmant air: Me voilà, qui est devenu populaire et un chœur de Kalenders, au troisième acte, d'une excellente facture.
Hérold donna ensuite le Premier venu, en trois actes. C'était une comédie fort gaie de M. Vial, mise en opéra. Le sujet étant trop connu, la pièce n'eut qu'un assez petit nombre de représentations. La musique méritait cependant un meilleur sort. Elle était infiniment supérieure à celle de la Clochette, quoique le sujet fût plus difficile à traiter musicalement. Les mélodies étaient beaucoup plus arrêtées et plus franches. Un trio surtout, celui des dormeurs au deuxième acte, sera toujours cité comme un excellent morceau de scène.