—Eh! quoi donc? fit l'excellente femme.
—Ce que nous cherchions tous deux: le moyen de tout concilier; allez, vous serez contente de votre petit Nicolas. Sous peu de temps, je serai reçu avocat, et d'ici là je travaillerai bien, je me porterai encore mieux, et le père n'aura rien à dire.
Mme Dalayrac ne comprit pas trop ce que son fils voulait lui dire; mais elle le vit content, et c'en fut assez pour son bonheur et sa tranquillité.
Cependant, cette première tentative avait été trop heureuse pour que le jeune Dalayrac ne voulût pas en faire une seconde. Mais il fallait de la prudence, le chien pouvait donner l'éveil, s'il recommençait toutes les nuits son vacarme. Le jeune homme se promit de s'abstenir pendant quelques nuits de toute excursion. Le souvenir du plaisir qu'il avait goûté lui suffit effectivement pendant quelques jours, mais ses désirs de reprendre sa promenade et son concert nocturne redevinrent plus vifs que jamais.
Un jour qu'il était sorti un instant pour prendre l'air et marchait absorbé dans ses réflexions, il rencontra un camarade qu'il avait perdu de vue depuis sa sortie du collége.
—Eh! par quel hasard, lui dit-il, te trouves-tu à Muret, toi dont la famille habite Toulouse?
—Par un hasard bien simple, répondit l'ami de collége, c'est que mon père m'a placé, pour étudier, chez un apothicaire de cette ville, dont il veut que j'épouse la fille.
—Comment, tu es garçon apothicaire?
—Etudiant, si tu veux bien le permettre. Mon futur beau-père est un excellent homme, sa fille est charmante, et je serai très-heureux avec elle. Et puis c'est un travail qui n'est pas si désagréable que tu pourrais le croire, j'étudie la botanique et la chimie, voire même un peu la médecine. Viens donc me voir: tiens, la boutique est à deux pas d'ici, je vais te présenter à ma nouvelle famille.
Dalayrac se laissa faire; le fils du subdélégué de la province ne pouvait manquer d'être bien accueilli; il trouva la future de son ami charmante, le beau-père très-aimable, et promit de les visiter de temps en temps. L'apprenti apothicaire était fier et heureux de son nouvel état; aussi voulut-il en vanter tous les charmes à son ami, il le conduisit dans sa chambrette, qui était fort proprement arrangée. Au-dessus d'une table chargée de livres et de papiers, s'étalaient sur des rayons une foule de petites fioles étiquetées.