BLOUNT, sèchement. Ce que je pensai ne regardait pas vous! (Ils se séparent et se mêlent aux divers groupes.)

LE GOUVERNEUR, au général.
Parle-t-on du soulèvement tartare, général?

LE GENERAL. Oui, et peut-être plus qu'il ne conviendrait! Je ne serais pas étonné qu'au sortir du bal, ces deux reporters n'allassent exercer leur métier de chroniqueurs de l'autre côté de la frontière.

LE GOUVERNEUR. Ils connaissent, sans aucun doute, cette grave nouvelle d'un soulèvement qui jette une moitié de l'Asie sur l'autre! — Le fil fonctionne toujours entre Moscou et Irkoutsk?

LE GENERAL. Oui! Votre Excellence peut le réquisitionner pour le compte du gouvernement et l'interdire au public.

LE GOUVERNEUR. C'est inutile. L'important était que le Grand-Duc, en ce moment à Irkoutsk, fût averti. Il sait que Féofar-Khan, l'émir de Bouckhara, a soulevé les populations tartares, qu'à sa voix, elles ont envahi la Sibérie; mais il sait aussi, par notre dernier télégramme, que nos troupes des provinces du nord sont maintenant parties pour le secourir. Il sait le jour exact où cette armée arrivera en vue d'Irkoutsk, et où il devra faire une sortie générale pour écraser les Tartares!…

LE GENERAL.
Nos troupes auront facilement raison de ces hordes sauvages!

LE GOUVERNEUR. Ce qui m'étonne, c'est que ce Féofar ait pu concevoir le plan de ce soulèvement et le mettre à exécution. Lorsqu'il a tenté une première fois d'envahir nos provinces sibériennes, il avait, pour le seconder, ce général Ivan Ogareff, qui, maintenant, expie sa trahison dans la citadelle de Polstock; mais, cette fois, le khan de Tartarie, livré à ses propres inspirations, n'a plus Ogareff auprès de lui… et je ne puis m'expliquer…

SCENE IV.

LES MEMES, IVAN, SANGARRE, TSIGANES.