Ivan est sorti du salon et s'est rapproché du gouverneur. Sangarre et ses Tsiganes sont restées au fond. — Les reporters et les officiers causent avec elles.
IVAN, déguisé en vieux bohémien et parlant du ton le plus
humble.
Monsieur le gouverneur… monseigneur…
LE GOUVERNEUR.
Qu'est-ce?… Ah! c'est toi, vieux bohémien! Que me veux-tu?
IVAN. Je viens demander à Votre Excellence si elle est satisfaite des Tsiganes, auxquelles on a bien voulu réserver une place dans le programme de cette fête?
LE GOUVERNEUR. Enchanté,… et j'aime à croire que, de ton côté, tu n'auras pas à te plaindre!… Bien rafraîchis, bien payés?…
IVAN.
Oui, monseigneur, oui!… Aussi, je ne voulais pas prendre
congé de Votre Excellence, sans l'avoir humblement remerciée!
Sangarre se joint à moi!…
LE GOUVERNEUR.
Sangarre?… Ah! cette belle fille que j'aperçois là?
IVAN, faisant signe à Sangarre de s'approcher. Oui… Sangarre est la véritable directrice de ces Tsiganes, Excellence!… A elle revient la meilleure part des compliments que vous avez dédaigné leur adresser! (Sangarre reste fièrement campée sans mot dire.)
LE GOUVERNEUR.
Elle ne parle pas le russe?
IVAN. Hélas! non, monseigneur. Aussi, moi, le vieux bohémien, je suis leur factotum, j'organise les concerts, je traite pour les fêtes. Sans moi, la petite troupe serait souvent embarrassée. C'est même à ce propos que je venais solliciter une faveur de Votre Excellence…