STROGOFF. Eh bien, monsieur Jollivet, je regrette vivement de ne pas vous avoir aperçu! Entre voyageurs, on se doit de ces petits services.
JOLLIVET. On se doit, mais on ne se paye pas toujours. J'ai fait vingt verstes à pied, et je l'ai mérité! Une mauvaise action ne profite jamais! Le ciel m'a puni en m'inspirant la pensée de prendre une télègue au lieu d'un tarentass.
(Le maître de poste rentre apportant un broc et des verres.)
STROGOFF.
Un verre de bière, monsieur?
JOLLIVET.
Volontiers.
LE MAITRE DE POSTE, à Jollivet.
Dois-je vous garder une chambre et prendre vos valises?
JOLLIVET.
Pas celle-là!… Elle n'est pas à moi.
LE MAITRE DE POSTE.
A qui donc?
JOLLIVET. A mon ennemi intime, mon confrère Blount, qui doit, en ce moment, courir après moi!… Mais j'espère bien être parti avant qu'il arrive au relai!… A propos, une voiture et des chevaux dans une heure!
LE MAITRE DE POSTE.
Il n'y a plus ni chevaux, ni voiture disponibles!