— Ah! C'est fini, m'écriai-je, mon drame vivait devant moi; maintenant, il est mort. Et je sens que je ne me rappellerai même plus un seul des vers que je viens d'improviser d'une façon si surprenante.
— Si, reprit Guaita, vous vous rappellerez tout. Et je m'en vais vous dire comment…
Ici Dubus s'arrêta net. Très étonné, je l'invitai à poursuivre. Mais il s'y refusa obstinément. Il allégua, pour motif de son silence, que Guaita lui avait fait promettre de garder le secret sur le philtre qui faisait déborder dans les âmes les sources d'un génie surhumain.
— Mais, conclut-il, il ne tient qu'à toi de le connaître. Viens chez de Guaita. Il désire beaucoup te voir et il a fort insisté pour que je t'amène à lui.
Je ne dis pas non, répondis-je, car je flaire là du nouveau et, n'est-ce pas, comme Baudelaire, nous plongerions volontiers
Au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau!…
— Certes, reprit Dubus; quant à moi, le sphinx m'a livré son énigme, désormais j'incarne Apollonius de Tyane. Son essence divine vit en moi. Mon âme a conquis des ailes et elle monte dans l'infini, car Guaita m'en a livré la clef…
* * * * *
Je ne me doutais pas alors de quelle nature était le philtre, qui, loin de lui ouvrir les portes de l'infini, devait très vite faire descendre mon ami au sépulcre par une spirale d'horreur et d'abjection.
Toutefois, à la réflexion, je résolus d'abord de ne pas aller chez de Guaita. Ma raison me faisait pressentir qu'il y avait là un danger.