Je vais par les rues. Les maisons, à deux étages au maximum, se succèdent, offrant des façades de briques encadrées de pierres bleuâtres et qu'endeuillent les poussières de charbon, car nous sommes en pays minier: trente houillères entourent Liège, poussant leurs galeries sous la ville.
Beaucoup de ces maisons offrent à une fenêtre du rez-de-chaussée, cet écriteau mystérieux: quartier à louer. Même, à une devanture de boucherie, je lis avec horreur cette inscription: quartier de demoiselle!
Quoi donc, les Liégeois seraient-ils anthropophages? Ce boucher débite-t-il, au lieu de mouton ou de boeuf, des jeunes filles coupées en morceaux?
Rassurez-vous. Un quartier, en dialecte belge, c'est un appartement. Un quartier de demoiselle, cela signifie simplement que dans cette maison, l'on ne se soucie pas de louer aux représentants du sexe mâle.
Cet emploi du mot quartier donne lieu à d'autres quiproquos non moins amusants.
J'ouvre un journal; mes regards tombent sur les annonces et je lis ceci: Forte fille demande quartier.
Que lui arrive-t-il donc à cette gaillarde vigoureuse? De quel péril se trouve-t-elle menacée pour implorer ainsi la pitié?
Or voici la traduction française de cette phrase émouvante: une femme de ménage robuste demande à être employée à la journée.
Un autre annonce: _On demande une fille de quartier sérieuse. _J'imagine que ceci doit être rédigé par des gens austères qui n'admettent pas que leur bonne ait le sourire. Les postulantes sont averties; si elles possèdent un caractère jovial, inutile de se présenter…
Plus loin: à louer quartier de toute utilité pour personnes honorables et tranquilles.