Voici, à vendre ou à louer, une prairie arborée, c'est-à-dire plantée d'arbres. En France, nous nous contentons d'arborer un drapeau ou, par métaphore, une opinion. En Belgique, on arbore un verger. Mais cela ne signifie pas la même chose.
Explorant la ville, je note au passage quelques enseignes. Celle- ci: l'épouse Une Telle, négociante.
Pourquoi pas? Ce féminin ne présente, après tout, rien de choquant, bien qu'il soit inusité chez nous.
Autre enseigne: Verdures à l'étuvée.
J'hésite, je regarde l'étalage et j'y vois des mottes d'épinards en pyramides et, dans des jattes, des haricots gonflés par l'eau bouillante.
Très bien: il s'agit de légumes cuits.
Plus loin: Un Tel, chausseur.
Or c'est un magasin de cordonnerie. Mais voyez l'avantage de cette brève indication. Le brave homme qui tient cette boutique a réalisé une sérieuse économie. Car, évidemment, le peintre de lettres qui fignola son enseigne lui aurait pris davantage d'argent pour tracer, au-dessus des croquenots alignés derrière la vitrine, cette inscription: commerce de chaussures ou tout autre analogue…
Je pénètre dans le faubourg d'Amercoeur. Soit dit en passant, je voudrais bien savoir l'origine de ce nom. Peut-être ne trouve-t-on ici que des gens lugubres, des misanthropes broyant du noir, remâchant les amertumes d'une existence déçue et sans avenir. Je n'ai pu obtenir d'éclaircissements sur ce point.
Pourtant Amercoeur me paraît for gai d'aspect. On y voit maints jardinets fleuris de roses et de géraniums. La physionomie des passants qu'on croise exprime une assez joyeuse insouciance. Les marmots, qui se trémoussent en piaillant sur le pavé, ne semblent pas prématurément dégoûtés de la vie. Ici l'on mange et l'on boit comme ailleurs. En effet, voici un estaminet où des mécaniciens barbouillés de suie, trinquent en échangeant des propos goguenards.