Par exemple, l'enseigne est déconcertante: Friture des artistes.

J'entre chez un marchand de tabac; je me fais servir de quoi m'intoxiquer de nicotine et je demande le prix.

— Un demi-franc et deux cennes.

À ce coup, je ne comprends pas. J'implore la traduction de cette phrase ténébreuse et j'apprends qu'il s'agit de payer cinquante quatre centimes…

Plus tard, montant l'escalier de mon logis, j'entends la patronne de la maison crier à sa domestique: — Séraphine, apportez-moi vite la loque à reloqueter.

— Oui, Madame!…

Je me penche sur la rampe et je vois la servante se précipiter dans une chambre du premier étage en brandissant un carré de laine. Je devine qu'une loque à reloqueter c'est tout simplement un torchon…

* * * * *

Comme on le voit, il n'est pas très difficile d'apprendre le belge — du moins sous sa forme wallonne. Car, en pays flamand, le français subit des déformations beaucoup plus extraordinaires. Il arrive même que les Flamands mêlent à leur langue des mots français gratifiés d'une désinence germanique.

Un seul exemple. Un jour, à Bruxelles, j'entendis un homme du peuple dire à un autre: —Komm, une fois, promeniren.