Mais en Wallonie, les natifs mettent beaucoup de complaisance à vous renseigner sur les particularités de leur dialecte. Je le répète; là-bas, on nous aime, et au voyageur de chez nous l'on prodigue les amabilités et les marques de courtoisie.

CHAPITRE XII LE CHASSEUR NOIR

Les feuilles jaunissent et tombent de bonne heure cette année. Un été pluvieux, des froids précoces ont éprouvé ma chère forêt de Fontainebleau; de sorte qu'elle revêt, dès cette fin de septembre, sa parure d'automne alors que, d'habitude, c'est seulement vers la Toussaint qu'elle s'habille de pourpre et d'or, comme pour une dernière fête, avant de s'endormir sous les givres de l'hiver.

Afin d'en savourer encore un peu la beauté défaillante, je vais par les sentiers tout bruissants de feuilles mortes, par les taillis où des baies de corail éclatent sur les houx sombres. Je gagne, à pas lents, le Long-Rocher: un des sites les plus grandioses de la vieille sylve.

Au bas de la colline, un groupe de bouleaux surgit qui palpite au souffle d'une brise presque insensible. Leurs troncs argentés, leurs feuillages d'or clair se dessinent délicatement sur le fond de nuances fauves et pourprées que forment au loin les chênes qui tapissent les hauteurs où commence la futaie des Ventes à la Reine; frêles et plaintifs, ils chuchotent leurs adieux à la lumière puis pleurent de se résigner aux jours brumeux et froids qui viendront bientôt.

Ils semblent des jeunes filles qui songent à la mort…

Je gravis la pente méridionale de la colline, parmi des grès entassés comme les ruines d'une ville de Cyclopes. Je parcours un large plateau où les bruyères flétries couvrent le sol d'une toison roussâtre, où les rochers, à demi ensevelis, s'arrondissent, pareils à des échines de mammouths.

De ce sommet l'on découvre un paysage d'une majesté incomparable.
Dix lieues de forêt s'étendent sous les regards.

Au nord, les lignes mélancoliques, enveloppées de pins bleuâtres, du Haut-Mont et de la Malmontagne se découpent sur le ciel. À l'horizon, les sommets en triangles dénudés du Rocher d'Avon plaquent des taches de deuil et d'ocre aride.

Dans les fonds, les hêtres et les chênes déferlent en larges vagues de feuillage, couleur de vieil or et de sang caillé. Ça et là, des fumées de charbonniers tremblent au-dessus des cimes.