Une femme Dubail habitant Veneux-Nadon, près de Moret, prétendit que son «petit gars», âgé d'une douzaine d'années, avait aperçu le fantôme, dans un taillis du Chêne feuillu à la tombée de la nuit.

On lui demanda comment l'enfant le dépeignait.

«Il dit, répondit-elle, que c'est un grand homme noir, habillé très collant, qu'il est à cheval et qu'il galope sans faire de bruit.

— Et vous-même, qu'en pensez-vous?

— Il y en a qui disent que ce n'est pas un homme vivant. Mais on ne sait qui ce peut bien être…»

Diverses ramasseuses de fagots, des vagabonds occupés à cueillir des champignons ou à braconner dans la forêt, affirmèrent également avoir vu le Chasseur Noir ou entendu son cor, le soir, vers le Rocher aux Nymphes.

Enfin une jeune Écossaise, en cette même année 1899, au mois de juillet, soutint qu'elle avait rencontré le fantôme. Villégiaturant à Barbizon, elle avait été rendre visite à des amis à Moret et elle regagnait son hôtel, à bicyclette, à travers la forêt, vers dix heures du soir. Elle a raconté l'apparition dans une lettre dont j'ai la traduction sous les yeux et don voici les principaux passages:

«Croyant trouver un raccourci, j'avais quitté la grand'route avant le carrefour du Chêne feuillu et j'avais pris un chemin à gauche qui m'emmena vers le Rocher d'Avon. J'arrivai à un carrefour où se croisaient sept routes et près duquel il y avait une mare. Je m'étais égarée et je ne savais plus guère comment me retrouver. J'étais d'autant plus ennuyée que le sol était formé de sable fin où les roues de la bicyclette enfonçaient plus d'à moitié. Je mis pied à terre et, la main au guidon, je cherchai à m'orienter. La pleine lune brillait mais cela ne me servait à rien car de nouveaux sentiers s'ouvraient sans cesse devant moi et je ne savais lequel prendre…»

En effet, même en plein jour, quelqu'un qui ne possède pas à fond la topographie de la forêt est à peu près certain de s'égarer s'il quitte les voies principales tant les sentiers se coupent et s'entrecroisent pour former un véritable labyrinthe. Dans l'obscurité, c'est encore pire. Bon gré mal gré, on décrit des courbes obtuses qui vous ramènent au point d'où l'on était parti.

Il semblerait que les esprits sylvestres prennent alors plaisir à faire piétiner en vain les indiscrets qui violent leur domaine.