La jeune fille s'égara donc complètement. Elle finit par déboucher dans une petite clairière où croissaient seulement quelques fougères, des genêts et de jeunes chênes épars. Des blocs de grès blanc luisaient sous la lune.

Elle continue: «Je m'étais arrêtée dans cette petite plaine. J'avais d'abord un peu peur, mais la forêt était si tranquille que je commençais à me rassurer quand, tout à coup, un cerf sortit des buissons en face de moi. En m'apercevant il fit un écart puis prit la fuite par les fourrés à ma droite et disparut.

«À ce moment, j'entendis au loin le son d'un cor de chasse et les aboiements d'une meute. Ce bruit d'abord très faible grandit rapidement et se rapprocha. Ce n'étaient pas des sonneries de chasse; c'étaient de longues notes tristes qui me donnèrent une sorte de plaisir mélancolique. Je restai immobile, comme charmée…

«Tout à coup, je vis apparaître, dans le chemin à ma gauche, une masse mouvante qui rasait le sol. C'était la meute. Les yeux des chiens faisaient comme des points de feu. Derrière eux, venait un cheval sombre qui galopait sans bruit. Sur son dos il y avait un être vêtu de noir qui portait un cor de chasse brillant en bandoulière. Quand il passa près de moi, il porta la main à sa tête comme pour me saluer. L'ensemble de l'apparition était vaporeux et comme effacé. Les chiens et le fantôme traversèrent la petite plaine en silence. Ensuite ils se perdirent, comme une fumée, dans les taillis, de l'autre côté…

«J'étais demeurée clouée sur place, toute tremblante. Quand je ne vis plus rien, je me mis à courir au hasard devant moi. Et soudain je me retrouvai sur la route de Moret, près du Chêne feuillu.

«Je suis rentrée chez moi je ne sais trop comment. J'avais été tellement effrayée que je suis restée plusieurs jours au lit…»

* * * * *

Évidemment l'on peut mettre en doute la réalité de l'apparition en ce qui concerne la jeune Écossaise. Elle était peut-être fort impressionnable et douée, en outre, d'une imagination violente. La solitude de la forêt, l'ombre, le silence, les reflets de la lune dans le brouillard qui monte souvent des fourrés par les nuits d'été ont pu agir sur elle au point de lui causer une hallucination.

Mais même si nous écartons son témoignage et celui des habitués de la forêt qui, vers cette époque, affirmèrent avoir vu le Chasseur Noir, il reste les apparitions à Henri IV et à Louis XIV. Ce dernier ne passe point pour un amateur de mystifications. Dans quel but aurait-il raconté que le fantôme lui était apparu et lui avait parlé sur des faits que lui seul connaissait? Pourquoi aurait-il dit que le maréchal ferrant lui avait confirmé les paroles du spectre?

En ce qui concerne Henri IV, il est à remarquer que Sully, qui ne fut ni un esprit superstitieux ni un plaisantin, constate que beaucoup de personnes ont vu le fantôme.