C'est un très humble sanctuaire, mi obscur et de dimensions exiguës; un petit dôme le surmonte que des ex-voto garnissent de la base au sommet. Après m'y être recueilli, quelques minutes, devant le Saint-Sacrement, je sortis pour visiter le souterrain qui abrita Mlle Jaricot et ses compagnes durant l'insurrection de mars 1834.
Voici en quelles circonstances la servante de Dieu et ses compagnes se réfugièrent dans cette catacombe.
Les canuts de la Croix Rousse s'étaient soulevés à la suite d'une diminution excessive des salaires. Ils occupaient la colline et tiraient à toutes volées sur la ville. L'artillerie des troupes chargées de la répression s'alignait sur la place Bellecour et leur répondait par une pluie de projectiles. De sorte que la maison de Mlle Jaricot, prise entre deux feux, criblée de balles qui brisaient les vitres et de bombes qui éclataient dans les chambres, devint bientôt intenable. On résolut de se réfugier dans le souterrain qui date probablement de l'époque gallo-romaine et qui était resté sans usage jusqu'alors.
En 1834, la chapelle de Sainte Philomène n'était pas encore construite et la messe se disait dans une salle aménagée à cet effet, et où le Saint-Sacrement était d'habitude exposé. Mlle Jaricot était au lit, fort malade et incapable de se lever, ne fût-ce que pour parcourir les 200 mètres qui séparent la maison du souterrain. Ses compagnes voulurent l'emporter sur un matelas; mais, au dernier moment, on n'osa se risquer dehors, tant l'orage des bombes redoublait.
Alors Pauline-Marie se fit apporter le tabernacle portatif où Notre-Seigneur veillait, caché sous le voile eucharistique. Elle le prit entre ses bras, et, voyant l'hésitation de tous, elle dit d'une voix ferme: «Allons sans crainte, puisque nous avons avec nous Jésus-Christ.»
«Après avoir allumé quelques cierges, dit Mlle Maurin, on sort, emportant le lit de douleur sur lequel repose, entre les mains de sa faible créature, Celui qui se nomme le _Dieu des armées, _et l'on parcourt ainsi très lentement toute la longueur de la terrasse, sous le croisement de la grêle de feu qui n'atteint personne…»
Laissons maintenant la parole à Pauline-Marie elle-même. Dans un mémoire écrit peu après, elle rapporte ceci: «Nous décidâmes de nous enfoncer dans les profondeurs du souterrain. On m'y traîna comme on put, tandis que je serrais étroitement entre mes bras l'Arche de mon unique espérance.
«Nous arrivâmes ainsi à une excavation plus commode et moins humide que les autres. Au milieu de ce réduit, qui forme une croix parfaite, mon matelas fut déposé. Mes filles, placées dans les excavations formant les différentes parties de la croix, se trouvèrent tout près de moi, à ma droite, à ma gauche, au-dessus de ma tête, à mes pieds. Les personnes qui partageaient nos dangers étaient deux domestiques de ma soeur, mon jardinier, une pauvre petite orpheline, un Frère de Saint-Jean de Dieu, mon boucher et deux femmes, dont… une actrice. Tous restèrent dans la première partie du souterrain, en dehors de la croix où nous étions avec Jésus-Christ.»
Pauline-Marie et les 17 personnes qui l'entouraient demeurèrent là cinq jours. Tous, élevés au-dessus d'eux-mêmes par la présence de Jésus et par la sérénité de la sainte fille, vécurent dans le calme et la prière durant tout ce temps. Nul ne se plaignit de la fatigue ni de l'insuffisance des vivres sommaires qu'on avait emportés…
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