Pénétré de ces détails émouvants, j'entrai dans le souterrain, guidé par un obligeant jardinier qui portait une lanterne.

Ce ne fut pas très commode; il nous fallut sauter une marche en ruine au bas de laquelle nous enfonçâmes dans un amas de feuilles sèches qui nous venait jusqu'à mi jambe. Ensuite, nous ouvrons une porte dont les gonds rouillés résistent tant qu'ils peuvent à nos tractions. Un couloir ténébreux bâille devant nous. Élevant son luminaire, mon compagnon me précède. Nos pieds buttent sur le sol inégal et rocailleux. La largeur du couloir est de I mètre environ; je compte 22 pas et nous arrivons au caveau. Il a 4 mètres de longueur sur 2 m 50 de largeur et 2 mètres environ de hauteur, et il dessine, en effet, une croix. Au centre, à la place même où Notre-Seigneur et sa fille bien aimée gisaient sur un pauvre matelas, on a placé un petit piédestal qui supporte un crucifix. Dans une anfractuosité de la muraille, il y a un buste de la Sainte Vierge. L'emplacement du caveau, sa forme cruciale, la nature du ciment qui couvre les parois me confirment que cette catacombe avait dû être creusée par des chrétiens au temps de l'Église primitive de Lyon.

En face du caveau s'ouvre un petit réduit haut de 1 mètre, où les plus las des réfugiés venaient s'étendre à tour de rôle sur le sol mouillé. Le couloir se prolonge au-delà, jusque sous les fondations de la basilique de Fourvière. Mais les eaux d'infiltration l'envahissent, et il est à peu près impraticable.

Je prie quelques minutes; puis je prends des notes accroupi sur mes talons tandis que le bon jardinier, patient et recueilli, m'éclaire.

Fait notable: lorsque la colline fut prise, aucun des insurgés ni des soldats qui les poursuivaient ne découvrit l'entrée du souterrain. La bataille finie, les réfugiés en sortirent sains et saufs, et pas un seul d'entre eux ne tomba malade à la suite de tant d'heures passées dans des ténèbres humides. Ah! c'est qu'ils avaient eu confiance dans Notre-Seigneur!…

Revenu à la lumière, je pris congé de mon guide en le remerciant chaudement, et je montai la colline vers la basilique. Il faisait une soirée exquise; des merles sifflaient dans les cerisiers en fleurs; des violettes embaumaient dans l'herbe déjà drue de ce printemps précoce. Pas un nuage au ciel. Le soleil déclinant vers les collines de Sainte-Foy envoyait de longues flèches d'or à travers le feuillage des arbres. Lyon, en bas, bruissait sourdement sous une fine brume mauve et rose.

Je levai les yeux vers le sommet de la colline: la statue dorée de la Vierge qui surmonte la tour de la vieille église scintillait, au soleil couchant, comme une grande étoile. Je joignis les mains et, saluant la Mère Immaculée, je lui dis: «Bonne Mère, protégez, assistez votre pauvre trimardeur, comme vous avez tant de fois protégé, assisté votre enfant Pauline-Marie…»

À la suite de cette descente aux catacombes de Fourvière, je suis allé voir Mlle Maurin. J'ai trouvé une petite femme aux yeux vifs, très alerte pour ses 85 ans, et qui m'a parlé de la fondatrice du Rosaire vivant avec un enthousiasme communicatif. J'ai retenu d'elle à ce propos: «Le cardinal-archevêque dit, dans la lettre qu'il m'écrivit et qu'il voulut bien me permettre de publier en tête de ma brochure: le Petit sou de la Providence: «Nous aimons à espérer que le jugement infaillible de la sainte Église reconnaîtra dans notre Lyonnaise vaillante, humble et généreuse, un digne émule en sainteté des Bienheureux qui furent sur la terre ses amis, le curé d'Ars, la Mère Barat, le Vénérable P. Colin, et que son autorité suprême nous permettra d'unir un jour, dans la même vénération, notre Blandine, mère des martyrs, et notre Pauline-Marie, mère des missionnaires.»

«Oui, ajouta Mlle Maurin, ce sera un beau jour celui où la béatification de ma sainte amie sera proclamée: j'espère vivre assez pour le voir. Et quelle bénédiction pour Lyon que de mettre en pendant aux autels de Sainte Blandine ceux de Pauline- Marie!…»

«Pour Lyon et pour la France!» approuvai-je en prenant congé, car nous n'aurons jamais trop de saints qui nous protègent et nous éclairent dans la lutte contre le Mauvais et les sectaires endiablés qui nous oppriment.