Je m'en allai par la ville, plein de réflexions confuses où prédominait l'idée que l'occultiste servirait peut-être ma passion malheureuse.
C'est pourquoi ma seconde visite suivit bientôt. Guaita me reçut avec la même courtoisie que la première fois. Mais il semblait avoir oublié l'espèce d'engagement qu'il avait pris. Malgré mon impatience, j'attendis pour le lui rappeler qu'un détour de la conversation nous y amenât. Il en était bien loin: il me parlait d'un écrivain qui s'était récemment converti au catholicisme après avoir longtemps publié des livres où l'Église était étrangement méconnue. Pour qualifier cette évolution, il employa des termes haineux, presque grossiers, ce qui me surprit chez un homme d'ordinaire si mesuré. Ce fut violent au point que je me sentis choqué, non tant par l'âcreté des sentiments exprimés que par la vulgarité des mots qui les traduisaient.
De Guaita s'en aperçut et rompit tout de suite le propos. Il remarqua que j'examinais, par contenance, une statuette d'Isis en or qui scintillait sur son bureau.
— Avez-vous lu ce qui est écrit sur le piédestal? me demanda-t- il.
— Non, répondis-je.
— Eh bien, voyez.
Je me penchai sous la lampe et je lus: I.N.R.I.
— Tiens, dis-je, c'est curieux… L'inscription placée, par ordre de Pilate, au-dessus de la tête du Christ en croix. Je ne vois pas trop ce qu'elle fait sous les pieds d'Isis.
— Je vous l'expliquerai plus tard, reprit de Guaita, quand nous serons plus liés (Il ne me l'expliqua pas; on verra pourquoi. Mais j'ai appris, par la suite, et dans d'autres conditions de vie, le sens sacrilège du titre de la Croix dominé par Isis. Le voici: Igne Natura Renovatur Integra. Quant au commentaire gnostique, je ne le donnerai pas ici. A porta inferi, erue nos, Domine!)
Je n'insistai pas, d'autant que je cherchais toujours un joint pour aiguiller la conversation dans le sens qui m'intéressait. Je ne trouvais pas. Alors je me décidai à entrer en matière sans autre préparation.