Peut-être parce que ce déboire m'affligeait fort et qu'il me soulageait de l'exprimer — ou pour toute autre cause — ma gêne disparut soudain pendant que je parlais de mes vers. Bien plus, quoique nos relations toutes récentes n'autorisassent pas de confidences aussi personnelles, j'analysai mon chagrin devant Guaita et j'ajoutai même que je n'espérais guère attendrir la rebelle.

Pourquoi me livrais-je de la sorte? C'est que je ne sais quelle force me poussait à lui dévoiler mes pensées les plus intimes. On eût dit qu'il les tirait hors de moi, qu'il les dévidait, à la muette, comme le fil d'une bobine.

— Oh! dit-il très simplement, quand je me tus, assez ébahi de ma confiance impromptue, il y aurait sans doute un moyen de vous faire aimer d'elle.

— Vraiment? m'écriai-je, mi-sceptique, mi-convaincu.

— Nous en recauserons, car je pense que vous me ferez le plaisir de renouveler cette visite.

Conquis par sa quasi-promesse d'aider l'amoureux en panne, j'allais répondre par l'affirmative quand Dubus se levant, tout d'une pièce, demanda à passer dans la chambre à côté.

— Allez, cher ami, dit Guaita, vous trouverez sur la table tout de qu'il vous faut.

Il ne bougea pas de son fauteuil. À peine s'il esquissa un geste pour accompagner sa phrase. Mais un léger sourire, où je crus démêler une nuance de triomphe, voltigea sur ses lèvres.

Par politesse et voyant son calme, je n'osai poser de question. Cependant mon malaise revint et s'accrut encore quand Dubus rentra, les yeux embrasés de cette même flamme d'orgueil qu'ils irradiaient naguère, place de la Sorbonne.

Guaita ne parut pas s'en apercevoir. Mais moi je n'y pus tenir. Un trouble grandissant m'envahissait. Sous un vague prétexte de rendez-vous ailleurs, je pris congé en quelques mots rapides, non sans avoir acquiescé quand Guaita, ne témoignant aucune contrariété de ce départ à peine correct, insista pour que nous nous revissions à bref délai.