— Vive l'anarchie! répondis-je.
Et tous trois en choeur: À bas Marianne!
Nous nous serrâmes la main et nous nous séparâmes.
II
On se demandera ce que faisaient dans ce complot les élèves des
Beaux-Arts.
C'est que, justement, ils étaient la cause initiale de l'émeute. Quinze jours auparavant, avait eu lieu, au Moulin Rouge, le bal annuel des Quat'-z-Arts. Comme il était d'habitude, il y avait à cette fête outre les peintres, sculpteurs, graveurs et architectes, un certain nombre d'invités: journalistes, gens de lettres, _dilettanti, _plus un fort contingent de modèles féminins et de demi-mondaines. À la fin du bal, on avait porté les modèles en triomphe dans la pose et dans le …manque de costume qu'elles ont à l'atelier.
Certains journaux, le lendemain, rendirent compte de la fête avec force épithètes louangeuses.
Sur quoi, M. le sénateur Bérenger déposa une plainte au parquet pour outrage à la morale publique. Il n'y avait pourtant là qu'une publicité très relative, s'adressant à des gens qui en avaient vu… bien d'autres.
Des poursuites furent exercées: un certain nombre d'artistes — plutôt des sculpteurs — furent frappés d'une amende, et aussi une certaine Sarah Brown, modèle qui, en sa qualité de juive, profita de l'incident pour poser les bases de sa fortune à venir.
Aussitôt condamnés, les Beaux-Arts entrèrent en ébullition. Le 4 juillet, les élèves de divers ateliers s'assemblèrent, protestèrent au nom de l'Art, et décidèrent d'aller conspuer, chez lui, le sénateur Bérenger. Le rendez-vous pour les manifestants fut fixé place de la Sorbonne.