Je reconnus mon ami Georges Chatelier, et dans la sorte de cantique — grave, quasi solennel et, il faut le dire, d'une fort belle musique — que chantait sa bande, l'hymne des briseurs d'images.

Quand ils arrivèrent près de moi, ils en étaient au dernier couplet que voici:

Les rois sont morts, les dieux aussi, Demain nous vivrons sans souci, Sans foi ni loi, sans esclavages: Nous sommes les briseurs d'images.

Suivit la Carmagnole anarchiste avec son refrain où luisent des reflets de couteaux, où crépitent des mèches de bombes:

Les proprios avaient promis De faire égorger tout Paris, Mais les voilà f… ichus, Nous leur botterons… l'dos:

Dansons la Carmagnole, Démolissons, démolissons, Dansons la Carmagnole Et saignons

Les patrons!

Chatelier me serra la main. Émacié, dans sa redingote devenue trop large, le visage terreux aux pommettes rougies de fièvre, les yeux immenses et flambant d'une flamme meurtrière, le front balayé de mèches désordonnées, arrivé au troisième période de la tuberculose, il n'arrêtait presque pas de tousser. Par moment, du sang lui venait aux lèvres qu'il essuyait d'un geste convulsif.

— J'ai à te parler, me dit-il.

— Eh bien, cause: je t'écoute.