— Je venais de lire, dans une revue, un article où vous développiez une sorte de panégyrique de saint François d'Assise. Votre conclusion était à peu près qu'il ne peut exister de saints en dehors de l'Église catholique. Cette assertion par trop péremptoire me choqua. Je vous écrivis donc que vous vous trompiez grandement, que l'Église catholique n'était qu'un premier stade de l'évolution vers la lumière intégrale, qu'au-dessus d'elle, il y avait d'autres degrés d'initiation où pouvaient nous hausser d'autres saints beaucoup plus admirables que les thaumaturges canonisés par Rome…

— Ah! ah! repris-je, vous êtes un théosophe.

Puis le souvenir me revenant de sa lettre:

— Je me rappelle. Votre lettre portait cet en-tête: _Villa Maya, _près d'Utrecht, Hollande. Vous m'adjuriez de venir vous trouver, sans perdre un jour, car, disiez-vous, ayant franchi le seuil du mystère, j'avais besoin d'être guidé par vous dans la voie ascendante de la fidèle Sagesse.

— C'est cela même. Et pourquoi ne m'avez-vous pas répondu?

— Parce que la fidèle Sagesse — en grec _Pistè Sophia, _n'est-ce pas? — c'est le titre d'un livre gnostique et par conséquent bourré d'hérésies. Or je n'éprouve pas le besoin de perdre mon temps à fleureter avec les hérétiques. Les enseignements de l'Église satisfont tous les besoins de mon âme. J'estime qu'elle seule détient la vérité absolue et qu'en dehors d'elle il n'y a qu'aberration ou même pire. Je ne voudrais pas vous froisser, mais telle est ma façon de penser. Dussé-je passer auprès de vous pour un esprit étroit, souffrez que je m'y tienne.

Sur quoi je soulevai mon chapeau et je fis mine de m'éloigner. Mais mon interlocuteur, posant sa main sur mon bras, me retint et me dit d'une voix presque suppliante: — Je vous en prie, ne me quittez pas encore. J'abandonne le projet de vous éclairer, mais je voudrais vous démontrer comment on peut se rapprocher de la divinité en dehors de votre Église.

— Peut-être, repartis-je, mais je suis sûr que ce n'est point par la théosophie…

— Causons!… Causons!… Je vous citerai des faits.

Après tout, pensai-je, cet individu ne paraît pas trop bête. Peut- être, sans le vouloir, me fournira-t-il des arguments pour combattre toute cette vermine de pseudo-religions qui pullulent et fermentent au pied des murs de la sainte Église. Allons-y!