L'autre attendait ma décision avec une anxiété fébrile. Son visage s'éclaira quand je lui dis: — Eh bien, marchons et, si cela vous pique à ce point, exposez-moi votre doctrine, quoique, je le parie, je la connaisse déjà…
Il me remercia avec effusion. Tout en suivant la rue Neuve vers la gare du Nord, il crut devoir m'expliquer qu'il était végétarien, riche, voué exclusivement aux études d'occultisme. Puis il me dit son nom dont je ne donnerai, bien entendu, que l'initiale qui est: S… — Son origine hollandaise ne l'empêchait pas de parler fort bien le français, avec à peine d'accent.
Comme nous étions arrivés au bout de la rue, je lui dis: — Le plus simple serait de nous asseoir dans le jardin botanique.
Il acquiesça. — Nous entrâmes dans le jardin et nous prîmes place sur un banc à l'ombre d'un splendide catalpa, fleuri de neige et de pourpre, et qui m'intéressait, pour le moins, autant que le théosophe.
III
En effet, ne savais-je pas d'avance ce qu'il allait m'exposer? Malgré quelques différences dans le détail de la doctrine, tous ces prédicants de théories occultes procèdent d'un même principe: l'exaltation de l'humanité considérée comme possédant en elle- même, d'une façon immanente, les forces nécessaires pour se hausser à la divinité. C'est toujours le vieil orgueil, le _non serviam _de Lucifer qui leur donne l'impulsion.
Donc, comme je m'y attendais, S… ne manqua pas de me développer cette rhapsodie gnostique. Je l'écoutais d'une façon distraite — étant, comme on s'en doute, fort peu séduit.
Il s'en aperçut et, rompant son propos, il me dit: — Mais enfin, il y a des faits matériels qui prouvent que nous ne nous trompons point lorsque nous nous croyons en rapport avec des forces surhumanisées…
— Et lesquels? demandai-je.
— Les tables tournantes.